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© Olivier Jobard

D comme Daral Shaga

Un monde à plusieurs voix

Daral Shaga révèle le souci d’une belle ambition. Projet d’heureuses rencontres. Celle d’abord d’Alain Mercier, le directeur de l’Opéra-Théâtre de Limoges, et de Philippe de Coen, le fondateur et directeur  artistique de la Compagnie Feria Musica. À la genèse du spectacle, affleure la sensibilité d’Alain Mercier pour la rencontre des disciplines. La belle ambition sera celle d’un opéra circassien. Peu à peu, le quatuor se forme.  Au final, s’harmonise. L’auteur Laurent Gaudé signe pour le livret un texte ciselé dans la lignée d’Eldorado. Le récit des errances, des violences de l’exil devient épopée. Le compositeur Kris Defoort dessine une ligne musicale fascinante où les genres semblent se superposer. Le jazz fait écho au baroque. De variations surprenantes s’ouvre le champ des émotions et notamment celle de la mélancolie lorsque la clarinette du dernier tableau traduit avec grâce le déchirement des âmes altérées par la séparation, par l’arrachement. La musique révèle les voies sinueuses des exils où les espoirs ne cessent de se heurter  à l’échec, à la mort, à la solitude. Le metteur en scène Fabrice Murgia crée avec Philippe de Coen des images saisissantes. La caméra offre plan large et plan intime. Les agrès se poétisent. Le mur, la grille se dressent. Mur de l’indifférence, de l’injustice, à franchir. Les hommes et les femmes sont mus par la volonté féroce et inextinguible de la traversée. Au prix du sang comme l’illustre la paroi rouge en fond de scène qui s’élève du plateau jusqu’aux cintres. Course inachevée des exilés jusqu’au couperet de la mort ou jusqu’au début d’une vie renouvelée, d’un sang nouveau. Une artiste circassienne s’agrippe à la grille, se hisse, chute, se remet en mouvement, son corps disloqué nous alerte sur cette volonté niant toutes les douleurs.

Daral Shaga, œuvre de quatre créateurs, œuvre polyphonique, fait entendre les voix des hommes dévastés par l’indignation, des hommes en lutte pour exercer une de ses libertés fondamentales, celle de circuler, de quitter librement un pays et d’y revenir. Garant de cette liberté, se dresse la figure de Daral Shaga, « Le vieil homme qui ne meurt pas / Et veille sur ceux qui défient la barrière », la divinité des êtres fauchés en plein élan, la mémoire d’espoirs avortés, la mémoire d’hommes privés de leurs droits. Geste scénique saisissant, Daral Shaga est un poème musical où les images et les corps tracent les contours d’une lutte éternelle pour la liberté.

 

Commande de l’Opéra-Théâtre de Limoges. Création à l’Opéra de Limoges le 25 septembre 2014 dans le cadre du Festival Les Francophonies en Limousin.

Direction artistique : Philippe de Coen. Mise en scène : Fabrice Murgia. Opéra-Cirque en un acte de Kris Defoort. Livret : Laurent Gaudé. Coordination technique : Joachim Pochet. Création son : Marc Combas. Création lumières : Emily Brassier. Création vidéo : Giacinto Caponio. Scénographie et machinerie : Bruno Renson. Assistant mise en scène : Hubert Amiel. Chanteurs : Silbersee (ex-Vocaal Lab). Artistes circassiens : Feria Musica.

Spectacle produit par l’Opéra-Théâtre de Limoges et Feria Musica asbl, en coproduction avec Le Sirque – Pôle National des Arts du Cirque de Nexon en Limousin, le Festival les Francophonies en Limousin, Silbersee (ex-Vocaal Lab), et le Maillon, Théâtre de Strasbourg. Avec le soutien du Ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Centre National du Théâtre, la Fondation BNP Paribas, la Loterie Nationale, la Fondation Beaumarchais, la SACD Belgique.

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