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© Zeno Graton

Gunzig & Strosberg & Trocki

Et avec sa queue, il frappe !

Matin brumeux, sous une pluie fine, un homme vole quelques minutes à son fils devant l’école. Ce vol est légitime. Le temps est venu de lui transmettre comment se défendre dans la jungle des villes et des cours d’école. Quelques minutes d’un père à son fils, une heure de monologue où Thomas Gunzig pointe avec férocité les écueils tragiques de l’enfance : la solitude, l’humiliation, la peur lorsque l’on est du côté des « bizarres ». David Strosberg en dirigeant avec acuité un brillant Alexandre Trocki met en lumière l’humour féroce, finement décalé dans ce récit d’apprentissage d’un homme qui, atrophié dans une bulle parentale terrifiée et donc terrifiante, parvient à grandir en découvrant un à un tous les chefs d’œuvre de son vidéo club, films de karaté, films d’horreur et autres joyeusetés. Grâce à son panthéon de violents, de furieux, il entrevoit enfin les codes d’un monde qu’on ne lui a enseigné que contagieux. Un monde où il vaut mieux écouter Bach, en boule sur son canapé. Thomas Gunzig dévoile la faille de ce voile bourgeois. La contagion ne naît pas de notre être au monde mais du règne de la peur qu’une foule de familiers et d’inconnus pérennisent en se passant le mot, en se donnant les maux. L’ « odeur de la peur » se respire. L’homme, sous la pluie, retient son fils, étire le temps pour lui confier, comme une clé fondamentale, les codes de la vie, du monde, des filles qui boudent et des garçons qui insultent, les codes d’un monde où il faudrait combattre une peur originelle.

Et avec sa queue, il frappe !, citation incontournable (sic) d’un film de Bruce Lee est une fable incisive sur le chemin de l’éducation qu’un enfant et son parent parcourent main dans la main pour tenter de se quitter au mieux au croisement de deux mondes qui ont nécessité à se confronter pour se comprendre et s’accepter. L’homme, sous la pluie, veut rendre son fils fort, en quelques minutes. La leçon apparaît souvent farcesque, les références grotesques mais reflète le beau souci du père de dire à son fils comment ne pas être seul à scruter le sol dans la cour d’école, comment faire avec les filles, comment ne pas mourir comme son oncle s’étouffant en enfilant son pull.

Belle alchimie d’un trio d’auteur, directeur d’acteur et comédien pour une version décalée, pertinente, enthousiasmante, un clin d’œil malin aux mots de Kipling : « tu seras un homme, mon fils ».

 

4 > 15 février 2014 au Théâtre Les Tanneurs à Bruxelles.

Texte Thomas Gunzig. Mise en scène David Strosberg. Avec Alexandre Trocki. Mise en espace et costume Marie Szersnovicz. Lumières Harry Cole. Direction technique Fred Gossiaux. Une production du Théâtre Les Tanneurs. http://www.lestanneurs.be/

Du 06 au 27 Juillet 2014 au Théâtre des Doms