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© Danièle Pierre

I/R/M – Incarnation des Résonances Modernes

Ivanov Re/Mix d’après Ivanov de Tchekhov, adaptation et mise en scène d’Armel Roussel

Ivanov : deux versions, une adaptation.

Tchekhov a 27 ans lorsqu’il écrit sa comédie en quatre actes qui fit scandale et 29 pour son drame en quatre actes qui fut un triomphe. Une même œuvre : Ivanov. Les éminents traducteurs de la langue russe, André Markowicz et Françoise Morvan, nous avaient, en 2000, donné à lire ces deux versions. Armel Roussel s’en est emparé avec audace, construisant son adaptation en les mariant l’une l’autre et en glissant ses propres textes ici et là. Le résultat nous offre son regard brillant, lucide, incisif sur la jeunesse d’aujourd’hui. Ivanov pourrait avoir les mêmes trente-cinq ans hic et nunc. Instruit, cultivé, il s’enlise dans la lassitude. Ses passions et ses coups de gueule l’ont échoué sur la rive de la mélancolie. Au bord du gouffre. Il ne sait plus aimer, il ne parvient plus à avancer. Pour incarner cette jeunesse, Armel Roussel s’entoure de comédiens éclairés, talentueux, engagés. Il est avec eux, sur le plateau, metteur en scène démiurge, au regard d’une aire de jeu où transparaît une grande liberté de jeu. En présence d’Ivanov, les personnages n’endossent plus les longues appellations tchekhoviennes, « Nikolaï Alexéïévitch », « Mikhaïl Mikhaïlovitch », il s’agit de Nicolas, de Yoann, de Vincent, de Nathalie, de Selma,…

Tchekhov, notre contemporain.

Tchekhov défie notre actuelle opposition classique/moderne, il est définitivement notre contemporain. Armel Roussel parle de la vie, de sentiments universels, l’amour, le désamour, l’espoir, le désespoir, la solitude, la vénalité, la culpabilité. « Ne pas s’être résigné au monde (…), l’amour annule-t-il toute souffrance (…), peut-on s’accomplir dans l’amour (…), s’accomplir tout court ». Ivanov/Nicolas livre son journal intime et ces mots d’Armel Roussel nous font dès les premières minutes pénétrer l’âme « russe » de Tchekhov. Mise en scène d’un univers où les êtres ne savent plus vivre ensemble, où l’ennui prend le pas sur toute velléité. Portrait d’une génération dont les modèles sont brisés, caduques. Acte III, la fête chez les Lébédev cristallise la solitude des personnages, on ne sait plus danser, on ne sait plus s’amuser, à peine boire, la musique n’entraîne plus, les « remix » des années 2010 ne remplacent pas un bon tube de 1987 des Cure. Alors, on court après l’idée de la fête comme Sacha, seule héroïne sans doute de la pièce, court après l’idée de l’amour, méprisant la mesquinerie de sa mère. Son père l’admire, s’étonnant d’avoir engendré un tel joyau, doutant de la légitimité de sa paternité. 

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