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© Serge Gutwirth

Protocole de relance

D’après Si ce n’est plus un homme de Nicole Malinconi.
Adaptation et mise en scène : Myriam Saduis. Interprétation : Nicole Colchat.

Travail d’orfèvre

Dans la chaleureuse salle du théâtre Poème 2 à Bruxelles, l’on découvre la comédienne, Nicole Colchat, debout, appuyée contre le mur du fond de scène. Ses yeux sont fermés. Son visage repose de profil sur un oreiller. Le tissu qui couvre son corps s’étend sur le plateau. Une tragédienne antique dort sur un mur où défilent des vidéos de nos tragédies contemporaines. L’image nous saisit. Le ton est donné. Celui de l’urgente nécessité de l’éveil. L’éveil devant le processus insidieux, fatalement s’accélérant, de la déshumanisation.

Myriam Saduis est de ces grands metteurs en scène, comme Alain Françon, qui excellent à donner à entendre le texte. Il s’agit ici de celui de Nicole Malinconi qui livre sa sidération devant la capacité de l’homme à réduire à néant son prochain. Les barbaries humaines sont le fruit pervers du cerveau de l’homme. Myriam Saduis cisèle le texte et fait sillonner sa comédienne sur le chemin de la sobriété, de la possible réflexion sur l’atrocité. Révélant ainsi notre impuissance, celle du spectateur muet dans la salle, et notre espoir, celui de l’inépuisable et fondamentale puissance cathartique du théâtre.

Ce spectacle nous alerte sur la désincarnation du langage. L’homme, au cœur de l’enfer d’une société où s’établit le plan de sa propre destruction, résiste à sa première arme, le langage. Il en est pourtant responsable. Il crée les dérives linguistiques. Et il en souffre ou fait souffrir (L’homme ne se tue plus au travail, il le fait, écrit Nicole Malinconi.). Le discours politique s’érige en maître de cet écueil du langage. Myriam Saduis le traduit subtilement en musique électro. Les créations sonores orchestrées par Jean-Luc Plouvier tissent l’univers d’une déshumanisation si bien exprimée, si justement montrée. Car, avec Myriam Saduis, les images scéniques fortes et belles guident notre réflexion de spectateur. Pour nous rappeler l’impossible antinomie des yeux et du cœur. Son adaptation de La Mouette de Tchekhov, La Nostalgie de l’avenir , nous bouleversait. Protocole de relance nous fait l’effet d’une injection. Une piqûre de rappel. Les spectateurs entendent leurs noms prononcés, incipit du texte éponyme du spectacle. Nous risquons tous ou avons déjà été sur une liste qui décide d’une bifurcation de nos vies. La condamnation d’un homme par la seule énonciation de son nom ôte à l’homme sa dignité, celle de sa pensée, de son histoire et de son espoir.

Ce spectacle met en lumière les tragédies contemporaines et s’ouvre sur la nécessaire confiance de l’homme en sa capacité à résister. Du théâtre pour se laisser, heureusement, bousculer.

Scénographie et costumes : Anne Buguet. Images : Joachim Thôme. Conseiller musical : Jean-Luc Plouvier.
Création du Théâtre Poème 2. Le Poème 2 est subventionné par la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Du 14 au 30 mars 2013 au Théâtre Poème 2 à Bruxelles.