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© Alice Piemme

Serpents à Sornettes

L’intendant de Dieu, le tailleur, sa fille qui n’a pour seule religion que Kurt Cobain, sa mère qui veut se présenter pour une canonisation comme l’on se présente pour un emploi ou une audition. À mi-chemin entre Luis Buñuel et Etienne Chatilliez.

La facture impayée d’un costume trois pièces par la « firme ancestrale » dont la raison sociale réside en « croire à ce qui n’existe pas » marque le point de départ de cette farce sociale. Selon l’expression familière consacrée, l’on va « rhabiller » Dieu pour l’hiver. La mascarade du commerce de la foi, de l’évangélisation d’âmes perdues, Jean-Marie Piemme s’amuse de phrases assassines comme de pirouettes pour parler d’un monde dont on dénonce fuites en avant, pertes de repères, dérives de croyances, parodies de communication. Un monde créé sur  la mise en spectacle de Dieu par lui-même : le dernier dîner entre copains, l’ascension olympique du calvaire, la mort en plein jour au yeux de tous.

C’est la crise pour tout le monde, le business florissant de Dieu n’a plus trait qu’au souvenir et à l’utopie. Pour contrer le matérialisme actuel, il faut redynamiser l’entreprise en jouant le jeu du commerce de propagande. Il faudra produire des hosties bios, mettre en place la communion par système électronique, décaler la messe de minuit à vingt-deux heures, importer de Chine des t-shirts arborant le slogan « je kiffe Jésus ». Piemme fait valser toutes les sornettes, tord les couleuvres que l’on nous fait avaler. Assez des prêtres pédophiles, des discours sur l’homosexualité, des caisses du clergé (au renfort de quelques armateurs, la fortune des prêtres orthodoxes ne réduirait-elle pas la dette grecque), de la non-représentation féminine de l’Eglise. Il est grand temps d’écouter pieusement Nirvana - si ce n’est déjà fait - : it's better to burn out than to fade away. Ne surtout pas s’éteindre à petit feu.

Il faut beaucoup d’énergie et d’humour pour tout cela. La valse des pantins se conclura par le récit d’un « commencement merdeux », d’une genèse décapante. Que cela fuse, semble nous dire Philippe Sireuil. Il fallait de la truculence, des personnages hauts en couleurs, des comédiens inventifs avec une forte présence scénique. La gageure est réussie.

Mise en scène : Philippe Sireuil.
Avec Edwige Baily, Yoann Blanc, Anne Sylvain et Alexandre Trocki.
Production : Théâtre de Namur, La Servante et la Compagnie des Petites Heures/France. Coproduction Théâtre de la place des Martyrs. Texte édité par Actes Sud Papiers.

Du 6 au 14 novembre 2013 au Théâtre Royal de Namur.
Du 10 janvier au 2 février 2013 au Théâtre des Martyrs à Bruxelles.