Bistrot littéraire avec Théo Casciani et Éric Reinhardt #Lisez-vous le Belge ?
Venez découvrir lors d’une rencontre deux nouveautés.
Théâtre
46 rue Quincampoix 75004, Paris
La rencontre est ponctuée d’une séance de signatures à la Librairie Wallonie-Bruxelles
Entrée libre dans la limite des places disponibles
Réservation recommandée : reservation@cwb.fr
Dès 12h00, accueil avec un verre et un sandwich
Théo Casciani est auteur. Né en 1995, il a étudié les sciences humaines et sociales à SciencesPo. et les mathématiques à l’Université Panthéon-Sorbonne, à Paris, avant de rejoindre l’atelier des écritures contemporaines de La Cambre, à Bruxelles, où il enseigne désormais. Rétine, son premier roman, est paru aux Éditions P.O.L en 2019 et sera publié en anglais et en polonais en 2026. Ses fictions ont été présentées sous de multiples formes en France et à l’étranger, notamment par le Centre Pompidou, le Kyoto Art Center, Montez Press, le Théâtre National de Chaillot, KW, la Fondation Beyeler, Actoral, Spazio Maiocchi ou encore le Musée du Louvre. Il a également contribué à des publications telles que AOC, Alphabet, Klima, Habitante, 90antiope,… Magma, Mouvement, European Review of Books et The Brooklyn Rail. Ces textes ont fait l’objet de nombreuses collaborations et ont donné lieu à des résidences à la Villa Médicis, à Providenza et à l’Hôtel Experimenta. Insula est son second roman.
Écrivain, dramaturge et éditeur d’art, Éric Reinhardt est l’auteur de neuf romans, parmi lesquels Le Moral des ménages (Stock, 2002), Cendrillon (Stock, 2007), L’Amour et les forêts (Gallimard, Roman des étudiants France Culture-Télérama 2015, Prix Renaudot des Lycéens, Prix Roman France Télévisions 2014, nominé pour le Prix Goncourt) ou encore Sarah, Susanne et l’écrivain Gallimard, 2023, finaliste des Prix Goncourt et Médicis). De 2019 à 2023, Éric Reinhardt a piloté un projet artistique dit « mémoire » pour la ville de Clichy-sous-Bois, à l’occasion de la destruction du quartier où il a passé son enfance. Il en a résulté une exposition et un livre qu’il a conçu, Chêne
Pointu (Atelier EXB). Eric Reinhardt est artiste associé à Maison des arts de Créteil (MAC) depuis septembre 2025.
Au programme : Récits amoureux, Confusion des genres, Voyages dans le temps …
Théo Casciani, Insula (P.O.L)
Insula est un roman d’anticipation aussi intime que spéculatif qui mêle autofiction, confession intime, esthétique queer, jeu vidéo, et une formidable vision apocalyptique du monde contemporain. Insula (île, en latin), c’est d’abord le nom d’un jeu clandestin de réalité augmentée d’un nouveau genre : il suffit d’ingérer une pilule stupéfiante et illégale pour accéder à la simulation. Théo, le narrateur, en apprend l’existence lors d’une fête de cruising queer, au sommet d’un immeuble désaffecté du centre de Londres, dans une atmosphère d’apocalypse. Un garçon s’effondre à ses pieds quelques minutes après avoir consommé la substance, et pleure des larmes de sperme. Mais Théo doit tout interrompre pour se rendre au chevet de son père mourant, dans un hôpital parisien. C’est le moment de la dernière nuit, du dernier souffle et des derniers aveux. Le mot insula revient, cette fois dans la bouche des médecins, pour désigner une partie flottante du cerveau ravagée par la maladie, comme une île qu’on a dans la tête. Alors que les médias annoncent la disparition de plusieurs personnes qui auraient pris une pilule d’insula, l’étau se resserre sur Théo qui se résout à son tour à prendre un cachet prohibé avec l’intuition que les avatars ne sont que des fantômes, et qu’il pourra ainsi retrouver son père dans l’autre monde.
Ce roman aux accents dantesques (vision d’un enfer digital qui n’est que le double du monde réel), entre vertige technologique et exploration du désir, est marqué par la pensée critique du réel et la pop culture (Final Fantasy, Kanye West). Il ouvre un univers parallèle pour raconter l’histoire d’une traversée intime, convoquer des époques, des territoires et des identités multiples, dans une seule et même histoire qui navigue entre témoignage et fantasme. Dystopie, histoire d’amour et de fantômes, enquête et cauchemar, Insula est un portail entre plusieurs dimensions, le vrai et le faux, le réel et le digital, la vie et la mort.
Éric Reinhardt, L’imparfait, (Ma nuit au musée, Stock)
Contrairement à celle du Louvre, la statue d’Hermaphrodite de la Galleria Borghese à Rome est disposée « le long d’un mur, telle une commode, afin qu’il ne soit pas permis d’en faire le tour, ce que réclame pourtant son affolante physionomie ». On lui dénie son mélange intégral de femme et d’homme, d’être les deux à la fois, « avoir le sexe enfoui, la grâce et la délicatesse d’une femme, mais également le sexe saillant d’un homme ».
Fasciné par cette figure chimérique, Éric Reinhardt va s’attacher à lui rendre sa nature profonde, sa sensualité et l’entièreté de son identité en entrecroisant le récit de sa nuit à la Galleria Borghese et le roman d’une histoire d’amour entre Gloria, chanteuse, réincarnation contemporaine d’Hermaphrodite, et Bruno, dentiste désenchanté exerçant au Puy-en-Velay. Alors qu’Éric Reinhardt, face à la statue, cherche à capter « l’image complète et déstabilisante de cette fable physique inouïe, mais également le trouble, voire le désir équivoque, qu’elle inspire », Gloria et Bruno, comblant ensemble leur mélancolie et leur mal-être, expérimentent la complexité de la notion de genre et la possibilité d’un amour hors normes. Les récits s’entremêlent et se répondent, en échos jubilatoires et percutants, prolongeant l’esthétique baroque des sculptures du Bernin présentes dans le musée.
En contrepoint du désir de l’auteur de faire un lit à la statue pour passer la nuit à ses côtés, l’utopie amoureuse de Bruno et Gloria réinvente l’Hermaphrodite, lui donne chair et la rend éminemment contemporaine et émouvante. Vivante