Du 20 au 27 juin 2024

Délégation Générale Wallonie-Bruxelles à Paris
274 Bd Saint-Germain, 75007 Paris

Vernissage jeudi 20 juin à 18h

Née à Nantes (FR) en 1990, Élise Peroi vit et travaille à Bruxelles (BE). Elle est diplômée de l’ArBA-EsA Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, d’un Master en Design textile en 2015. En 2016, soutenue par les Halles de Schaerbeek, à Bruxelles, elle commence à développer des performances qui se nourrissent du tissage.

L’artiste participe à de nombreuses expositions personnelles et collectives depuis 2015, Un lac inconnu, Bally Foundation (CH) ; Roma, a portrait, Palazzo delle Esposizioni (IT) ; House of Dreamers, Fondation Boghossian (BE) ; The Sowers, Fondation Thalie, (BE) ; Là où se trouve la forêt, Botanique (BE) ; Foresta, Le Bel Ordinaire (FR) ; Inspire, Iselp (BE), SYMBIOSIUM, Cosmogonies spéculatives. Elle est régulièrement invitée pour des résidences dans le cadre de son travail de plasticienne ou de performeuse : Academia Belgica (IT) ; La Serre – arts vivants (CA) ; Le Hong Kong Arts Centre (HK) ; La Bellone (BE) ; Fédération Wallonie- Bruxelles, Île de Comacina (IT).
Elle a collaboré avec différents chorégraphes, Mui Cheuk Yin, Louise Vanneste ; dramaturges, Emmanuelle Nizou, Camille Louis, Émilie Martz-Kuhn et musiciens, Roel Dieltiens, Marine Falque-Vert, Thomas Jean Henri.

En 2020, elle présente sa première exposition personnelle Proche du Soleil à la galerie Maria Lund à Paris.
En automne 2022, au CACC à Clamart, à la suite de sa résidence à l’Academia Belgica à Rome, elle présente une exposition solo intitulée Peut-être ce jardin n’existe-t-il qu’à l’ombre de nos paupières baissées.

L’automne 2023 la verra en résidence à la Fondation Thalie à Arles.

Le Centre a découvert en 2022 le travail plastique d’Elise Péroi, dans le cadre de sa première exposition personnelle en France au CACC à Clamart.
A la faveur du projet archipélique SYMBIOSIUM_Cosmogonies spéculatives, Hors-Les-Murs Satellite du Centre, présenté du 17 mars au 6 mai 2023 à la Fondation Fiminco à Romainville, constitué d’une anarkhè-exposition dont le commissariat a été assuré par Christopher Yggdre & Stéphanie Pécourt, une œuvre In-situ de l’artiste intitulée Sous-tendre s’est déployée sous les plafonds vertigineux de la majestueuse salle des Chaufferies de la Fondation. Huit tentures suspendues furent érigées, s’inspirant des lianes comme connexions et entrelacs, organes infinis entre le ciel et la terre.

Depuis cette première valorisation du travail plastique de l’artiste par le Centre, nous avons accompagné son travail, notamment à la Fondation Bally à Lugano en Suisse et à la galerie Maria Lund à Paris.

A la Délégation Wallonie-Bruxelles à Paris, c’est un projet porté en collaboration avec le groupe de luxe Forte Forte que le Centre soutient.

Elise Peroi y dévoilera sa nouvelle installation Langage des oiseaux au sein de cet ancien hôtel particulier de style néoclassique de la Délégation.

Deux thèmes servent d’axes conceptuels aux œuvres présentées : le langage et la technique. L’exposition s’articule autour de ces deux éléments traités sous forme de fictions heuristiques à savoir le chant des oiseaux, entendue comme survivance d’une parole primitive, et le nœud, comme premier geste technique. Walter Benjamin émettait l’hypothèse que seuls les oiseaux possèdent une nature de langage dans laquelle le son et la compréhension ne connaissent aucune médiation. Une forme de communication pure que l’homme aurait connue avant d’entrer dans la technique et dans le langage, et de perdre ainsi cette immédiateté́ prélangagière¹.

Ces abstractions servent ici de contrepoint à la cape réalisée par Giada Forte qui matérialise, pourrait-on dire, l’aboutissement contemporain de la technique du tissage. Se forme alors entre les deux fictions et la cape un clivage à la fois temporel — primaire versus technique — et matériel — absence versus présence — à partir duquel Élise Peroi propose un espace de dialogue intermédiaire.

Cette polarisation est opérée d’abord de manière spatiale. D’un côté, la cape disposée sur scène et à l’opposé, « un vide qui est construit comme un sens² » et donc, invisible. Ces deux emplacements fonctionnent comme des systèmes logiques qui se superposent et s’entrelacent au centre de la pièce et au sein de l’œuvre d’Élise Peroi.

L’alternance de notre regard entre ces deux pôles peut trouver une incarnation philosophique dans l’antagonisme qui oppose un temps immémorial et la contemporanéité, lesquels se retrouvent dans les interstices ouverts par l’un et par l’autre au travers de chaque panneau tissé et au profit d’une vision dualiste. Ainsi, de cette structure centrale découpée en trois triptyques superposés, où chacune des faces nous est donnée à voir et où chaque tissu utilisé provient des collections d’archive de forte_forte, apparaissent des motifs qui transposent et prolongent une expérience de pensée sous un aspect matériel. Les formes, ni strictement figuratives, ni pleinement abstraites, se construisent sur une succession de couches faites, entre autres, de fils de lin, de popeline de coton, de taffetas lamé et de chiffons de soie. Après un découpage presque chirurgical des tissus en des rubans irréguliers, Elise Peroi tisse et structure sa toile, appelant à une appréciation résolument tactile tant l’agencement des matériaux révèle leur potentiel haptique. Les fils lâches, comme suspendus à la surface du tissage, et les sillons dénués de fils de trame rythment l’ensemble par des épaisseurs inégales. Ce jeu de densité, entre une chaîne

à nue presque transparente et l’enchevêtrement des textiles, laisse émerger des formes aux textures irrégulières et aux nuances de couleurs contrastées. Oiseaux, graines, ornements, autant de symboles qui se nichent et se déploient de bas en haut. Là s’étend, sur l’ensemble de l’œuvre, une figure aux allures polymorphes qui suggère de manière équivoque tantôt un manteau, une forme spectrale ou des ailes. Élise néglige alors toute proportions normatives au profit d’une spontanéité de la forme qui traduit un libre cours donné à la matière, tout comme les lisières irrégulières et les bords imparfaits qui se moquent de l’aspect rectiligne des cadres. Ces derniers composent une méta matrice qui évoque la logique profondément codifiée du tissage, et par extension celle du langage binaire dont elle est à l’origine. En cela, l’œuvre d’Élise apparaît comme une surface sensible où le couple langage et technique se reflète de part et d’autre de la pièce, dans une harmonie désordonnée, rappelant ainsi la coexistence des tensions en jeu. De sorte que le chant des oiseaux, cette « pure production naturelle³ » devenue ici expression matérielle, et que la cape, cette production technique devenue « matière immatérielle⁴ », s’assemblent plus que ne fusionnent et créent ainsi, de « nouvelles parentés et des lignées de connexions inventives⁵ ».


  • ¹ Walter Benjamin
  • ² Roland Barthes, Frédéric Gaussen, « Entretien. Roland Barthes et le Système de la mode », Le Monde, 19 avril 1967, P.VI, repris dans Roland Barthes, Œuvres complètes, t.II : 1966-1973, Eric Marty (éd.), Paris, Seuil, 1994, p.1307-131
  • ³ Hegel, Cours d’esthétique, trad. J.-P. Lefebvre et V. von Schenck, Paris, Aubier, 1997, t.3, p.182.
  • ⁴ Jacques Rancière, Les Voyages de l’art, Paris, Éditions du Seuil, 2023, p69.
  • ⁵ Donna Harraway, Vivre avec le trouble, trad. Vivien Garcia, Editions des mondes à faire, 2020, p.7-8.
Œuvre Élise Peroi / Photo ©Adrien Thibault

Œuvre Élise Peroi / Photo ©Adrien Thibault

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Œuvre Élise Peroi / Photo ©Adrien Thibault

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