LES RENCONTRES DE LA PHOTOGRAPHIE avec Sammy Baloji & Harry Gruyaert #ARLES 2026
Sammy Baloji sera exposé à Arles à l’ÉGLISE DES TRINITAIRES.
Harry Gruyaert sera exposé à Arles à la CHAPELLE SAINT-MARTIN DU MÉJAN.
PAYSAGE PRISME : UNE TRAVERSÉE KATANGAISE
Exposition produite par les Rencontres d’Arles.
Avec le soutien du Pupitre France et du Service Culture de Wallonie-Bruxelles International (WBI) en synergie avec le Centre Wallonie-Bruxelles |Paris (CWB), dans le cadre de ses opérations Hors-Les-Murs Constellations.
Né en 1978 à Lubumbashi, République démocratique du Congo (RDC). Vit et travaille entre Lubumbashi, RDC, et Bruxelles, Belgique.
Depuis 2005, Sammy Baloji s’intéresse aux tensions entre société traditionnelle et modernité coloniale qui traversent les espaces urbains du Katanga, questionnant la façon dont les systèmes de classification hérités du colonialisme continuent de façonner les représentations. En 2017, il part avec l’anthropologue Filip De Boeck sur les traces de la sécession katangaise, avec en arrière-plan son histoire familiale dans la province du Katanga et les recherches menées par l’anthropologue entre le Congo et l’Angola.
Au cœur de l’exposition se trouve l’Hôtel Impala, qui appartenait au grand-oncle de l’artiste à Kolwezi. Réquisitionné à deux reprises durant les conflits qui ont secoué le Katanga, ce lieu familial confisqué par l’histoire devient le point de départ d’un récit plus large. À l’image des termitières en perpétuelle construction qui balisent le territoire, Paysage prisme se déploie comme une stratification temporelle où des images d’archives occidentales se confrontent à des archives vernaculaires, des témoignages de femmes et d’hommes katangais ainsi qu’à des photographies contemporaines. Le geste de Baloji se concentre sur le statut même des images : de quelles façons étaient elles utilisées, comment les personnes se sont-elles représentées, et comment les lit-on aujourd’hui ? En mettant en dialogue des photographies d’environnements, de paysages et de portraits avec des récits autobiographiques et des archives familiales ou européennes comme celles de Paris Match, Paysage prisme confronte les points de vue et propose une alternative aux récits dominants des dernières décennies sur l’histoire du Congo et de ses frontières héritées de la colonisation. Ainsi, Sammy Baloji crée une confrontation sensible et subjective entre grande histoire et micro-histoires : celles de la famille de l’artiste, celles des acteurs et victimes de la sécession katangaise et des deux guerres du Shaba, ainsi que celles, contemporaines, du Congo face à l’extractivisme du capitalisme mondial.
Né en 1941 à Anvers, Belgique. Vit et travaille à Paris, France.
A SENSE OF PLACE
[LE SENS DU LIEU]
Commissaire : Géraldine Lay
Conseiller artistique : Cyril Delhomme
Exposition produite par les Rencontres d’Arles.
Publication : A Sense of Place, Textuel, 2026.
C’est à un vaste travelling urbain que nous convie Harry Gruyaert, affranchi des repères cardinaux qui balisent habituellement le voyage. Son regard circule librement dans les rues de New York, Paris, Tokyo, Moscou, Anvers, Mumbai ou Zanzibar – au fond, peu importe la destination. Ce qui réunit ses photographies n’est pas le sujet mais la manière dont il s’offre au regard, dont il s’agence sous ses yeux : intensité vibrante des couleurs, découpes nettes des ombres, géométries urbaines qui scandent l’espace comme une phrase de jazz.
Mais cette déambulation, en écho aux projections réunies sous le titre A Sense of Place, révèle une autre dimension de son œuvre, chronique des manières de vivre dans la cité. La ville devient le théâtre où la socialisation façonne les identités, où chacun compose, dans un même mouvement, son individualité et son appartenance au collectif. Si l’on a souvent célébré ses compositions et sa maîtrise de la couleur, on a moins souligné la place que ses déambulations accordent au citadin anonyme.
Dans un café, au coin d’une rue, adossés à un mur, ses personnages sont saisis dans l’insignifiance apparente du quotidien. Rien d’extraordinaire ne motive son regard, sinon une curiosité dénuée de toute hiérarchie sociale. La puissance visuelle naît alors de la reconfiguration du réel par la couleur et la composition. Rituels sociaux, architectures et lumières feutrées, saisis dans l’instant, deviennent étranges, tendres ou subtilement ironiques. L’ordinaire se fait théâtral. Et son immersion dans des territoires familiers – la Belgique, la France – aiguise encore son regard.
Ce parcours peut ainsi se lire comme une vaste enquête sur la vie moderne, menée pendant plus de cinquante ans à travers le monde. Ce faisant, il permet de capter ce qui se joue dans l’image, mais aussi de découvrir un véritable élan de vie au-delà du plan figé par l’oeil du photographe.
Géraldine Lay
Cette année, la 57e édition des Rencontres de la Photographie d’Arles met à l’honneur deux photographes majeurs qui ont un ancrage en Belgique, Sammy Baloji & Harry Gruyaert, et leur consacre deux expositions monographiques d’envergure.
Ces deux expositions sont produites par les Rencontres d’Arles avec le soutien du Pupitre France et du Service Culture de Wallonie-Bruxelles International (WBI), en synergie avec le Centre Wallonie-Bruxelles |Paris (CWB), dans le cadre de ses opérations Hors-Les-Murs Constellations.
Sammy Baloji brouille les temporalités, entremêle récits familiaux et grande histoire, les mémoires empêchées et les conséquences contemporaines de l’extractivisme.
Harry Gruyaert nous convie à un voyage urbain éclatant de couleur au fil de compositions millimétrées, de New York à Zanzibar en passant par Paris, Tokyo et Mumbai.
Dans une période où tout semble pousser à simplifier, à opposer et à réduire, le festival a souhaité que les Rencontres d’Arles créent au contraire un espace pour accueillir la complexité et la sensibilité. « Non pour adoucir artificiellement la violence du réel, mais pour lui restituer toute sa profondeur. Pour regarder ce monde parfois inquiétant sans cesser d’y chercher des formes de beauté, de relation et de liberté. La photographie a cette capacité rare de tracer des routes et des cheminements inédits qui décentrent notre regard. Médium essentiel, elle révèle ce qui nous échappe, ce qui subsiste, circule, se transmet et relie. Capable de conjuguer la grande Histoire avec des récits plus intimes, la photographie ouvre sur de possibles bifurcations. »
Christoph Wlesner, Directeur des Rencontres d’Arles