Installations « CRUNCH VI » & « SLICE OF TIME » de Jonathan Sullam
Entrée libre via la galerie
Galerie
127-129 rue Saint-Martin
75004 Paris
Vernissage : vendredi 10 avril 2026 à 18h30
En concomitance avec le Prix Carré sur Seine, présenté en galerie du Centre.
Jonathan Sullam a suivi sa formation à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles (1996-2000), où il a étudié l’Art dans l’espace public, puis a obtenu un master en multimédia à la Slade School of Fine Arts, University College London (2001-2003) sous John Hilliard, Thomson & Craighead et Denis Masi. Après ses études, il a consolidé son expérience en co-fondant le collectif artistique Mobile Institute (2007-2012), proposant des installations et happenings d’art dans l’espace public. Au sein de ce collectif, il a organisé et produit des œuvres in situ en collaboration avec des institutions (2009 Mobile Insitu Mexico, Monterrey et desert d’Icamole en collaboration avec TEP, Conarte Nuevo Leon, 2011 Dam’ Gorgeous en collaboration avec Organhaus, Chongqing, Chine) avec pour objectif de créer un lien profond avec les espaces rencontrés par les artistes. Jonathan Sullam a collaboré avec la chorégraphe belge Isabella Soupart (2014-2019), développant des projets d’exposition et danse au sein de musées et centres d’art (MAD, Musées Royaux des Beaux-Arts). Il collabore de façon récurrente avec le Commissaire d’exposition portugais Sergio Fazenda Rodrigues (AICA, Kindred Spirit Lisboa, MAAT Lisboa, Art Magazine Contemporânea).
Il a également été représenté par la Galerie Irène Laub (2015-2019) à Bruxelles et collabore depuis 2024 avec Harlan Levey Projects (Brussels) et en 2025 avec la Galerie Bacqueville (Lille). Son travail est collectionné par The Wonderful Fund Collection (London), le P.O.C. (Galila Barzilai Hollander), le Musée Juif de Bruxelles et a été présenté au Times Square Gallery, New York (USA), Pallant House, Chichester (UK), Le Musée de Marakech la Medina (MA), au Musée d’Art Moderne & la Biennale d’Art et Design de Saint-Etienne (FR), Musée van Buuren (BE), La Centrale for contemporary art (Be) et à la Friche la Belle de Mai, Marseille (FR). À travers une prédilection pour
l’espace, Jonathan Sullam développe une réflexion empirique sur la condition humaine, son apogée et sa chute programmée. Il fait appel à des émotions à la fois intimes et collectives, en explorant leur représentation tout en maîtrisant le rapport au temps et à l’espace. Son processus artistique privilégie un va-et-vient incessant entre la pensée et la matière, jusqu’à ce que la tension du mouvement se fige dans l’œuvre d’art.
CRUNCH VI, 2026, Création
Impression digitale et Sérigraphie à l’encre sur aluminium
200 x 200 x 140 cm
Le projet de série Crunch est une exploration sur l’exode de la famille de l’artiste qui prend genèse dans le bassin méditerranéen et le Moyen-Orient. Sur cinq générations, des mouvements migratoires auront connu l’exil en Syrie, en Égypte, en Turquie et au Liban.
Plus spécifiquement, l’observation historique des migrations s’est toujours fondée sur le point de vue des individus traversant les frontières et territoires. Le projet Crunch aborde la définition de l’exil comme le lieu à partir duquel les gens ont été effacés plutôt que des gens fuyant vers un ailleurs. Cette hypothèse tente de réinitialiser
la question d’une identité culturelle et territoriale : comment celle-ci peut-elle se proclamer si une partie en est rejetée ? Crunch propose une matérialisation de ce postulat, à savoir l’exil comme une mise à distance, une sorte d’étirement spatial du lieu qui a été abandonné et parallèlement une volonté de résoudre cette réalité par l’aspiration de réduire et d’en compresser l’écart.
Le processus de travail est le suivant : les images sont imprimées numériquement sur aluminium, puis retravaillées avec des techniques de sérigraphie, créant un ensemble de textures réfléchissantes et de superpositions qui remettent en question
la lecture des images originales. Ces dernières sont comprimées modifiant la forme physique de l’œuvre, introduisant un élément d’imprévisibilité et altérant la lecture de l’œuvre. Aucun membre de la famille n’est présenté, effacé de chaque image, l’artiste propose des toiles de fond floues qui rappellent un lieu lointain et abandonné. De plus, ce point de référence interprète l’exil comme le lieu d’où les gens ont été effacés plutôt que comme des gens fuyant vers un autre pays, remettant en question l’idée d’une identité territoriale sans communauté. Jonathan Sullam accorde aux histoires qui lui ont été transmises l’importance de la fiction et la façon dont elles incarnent à leur tour un sens profond. La plupart de ces lieux ont été décrits en termes idylliques, devenant des souvenirs vivants d’expériences non vécues. Ils vivent à l’intérieur de l’individu, dans le présent, confrontés à lui.
Les événements historiques traumatisants tels que la question de l’exil sont difficiles à transmettre, mais l’un des défis est d’essayer de recréer une expérience physique qui remet en question la logique d’acceptation et d’accoutumance qui accompagne de tels circonstances. Le principe est de montrer ce qui a disparu, comme une sorte d’archéologie immatérielle des individus via des lieux ou des villes, mais aussi comme un document qui témoigne de ce qui s’est passé.
À une époque caractérisée par l’imagerie numérique éphémère, où les photographies n’ont de valeur temporelle que d’une seconde en moyenne, l’acte de réutiliser d’anciennes photographies pour les reconstituer apparaît comme une intervention critique dans
le discours de la mémoire, de l’identité et de la représentation culturelle. Cette pratique transcende la simple nostalgie, il s’agit d’une forme d’engagement matériel avec le passé qui remet en question la nature même de la consommation visuelle dans la société contemporaine. En transformant des images éphémères en artefacts tangibles, nous perturbons les récits socio-technologiques dominants qui donnent la priorité à l’instantané et au superflu. La reconstitution de ces photographies sert de mécanisme pour offrir des expériences alternatives au-delà de leurs contextes d’origine.
Ce processus met en évidence les complexités de la mémoire, à la fois collective et individuelle et nous incite à réfléchir à la manière dont nos souvenirs sont affectés par la technologie, la temporalité et l’acte de représentation lui-même. En s’engageant dans ces images imprimées, l’artiste Jonathan Sullam soutient une réflexion critique, interrogeant les dynamiques de pouvoir inhérentes à la culture visuelle et à la marchandisation de la mémoire.
En outre, cette interaction entre le passé et le présent critique l’obsession contemporaine pour l’immédiateté et le caractère jetable de l’image numérique. En mettant l’accent sur la permanence de l’image physique, l’artiste plaide pour un engagement plus profond avec les récits qu’elle contient, en éclairant la manière dont ces moments remettent en question ou renforcent les constructions liées à la société. Ce faisant, Joanathan Sullam n’est pas simplement conservateur de la nostalgie mais participe à un discours qui cherche à articuler les intersections de l’histoire, de la mémoire et de l’identité dans un monde de plus en plus fragmenté. Cette récupération de la fabrication des images encourage à repenser l’éthique de la représentation et les implications de nos
pratiques visuelles, affirmant finalement la résilience de l’expérience humaine face à un paysage culturel en évolution rapide.
SLICE OF TIME, 2021,
Image imprimée, néon, pied de batterie transfo
120 x 30 x 40 cm
Autour de l’installation CRUNCH VI, seront exposés de façon inédite trois éléments sculpturaux constitués de néons extraits de l’installation SLICE OF TIME, composée de tubes fluorescents, recouverts d’images issues du télescope spatial Hubble. Ces vues d’étoiles, dont beaucoup sont déjà mortes, incarnent une réflexion sur le temps perçu comme un objet, aux dimensions infinies. Elles mettent en lumière la coexistence complexe du temps et de l’espace, deux notions inséparables dans leur relation. La relativité restreinte montre que la distance dans l’espace et celle dans le temps sont intrinsèquement liées : plus un déplacement est rapide dans l’espace, plus le temps se contracte ou ralentit. Ainsi, le temps et l’espace forment un paysage flexible et dynamique, déformé par la matière, où chaque mouvement dans l’un influence la mesure de l’autre. Chaque objet ou individu trace sa propre trajectoire à travers ce tissu, qu’on appelle la « ligne d’univers », reliant tous les événements—passés, présents et futurs. L’œuvre de Sullam se déploie alors sur cette toile cosmique, évoquant la manière dont la perception du temps peut fluctuer selon l’état de l’œuvre et le contexte d’observation. De plus, cette expérience se déploie en deux temporalités complémentaires. La première, celle du temps écoulé, est perceptible à travers le gaz néon qui illumine l’image, permettant de la voir concrètement. La seconde, celle du néon éteint, active la mémoire de l’image, évoquant ainsi la dimension intemporelle et subjective de l’œuvre. En somme, Sullam invite à une réflexion sur la relativité de la perception, où le temps et l’espace sont constants mais toujours en fluctuation, dépendant de notre position, de notre mouvement, et de l’état de l’œuvre elle-même.
Jonathan Sullam utilise des matériaux industriels comme une référence à une ère post-industrielle où l’artiste est autorisé à intervenir et à en modifier l’utilisation, en soustrayant les fonctions assignées, inventant l’objectif et l’expérience du matériau afin de lui adjoindre une poésie, une histoire. Son travail protéiforme se caractérise par une fusion poétique entre la notion de territoire et les histoires qui ont marqué un espace donné. Une coalescence dans laquelle il intègre sa propre mythologie, donnant naissance à de nouveaux champs d’expérimentation. Ces réflexions explorent l’image, la matière et la mémoire, offrant une réflexion sur notre rapport au passé et à l’espace.
Le travail examine la diaspora de la famille de l’artiste, exilée de différents pays du Moyen-Orient. Les œuvres naviguent entre présence et absence, une manière d’exister qui reflète l’histoire familiale liée aux déplacements et aux éloignements vécus, ainsi qu’à l’interprétation que l’artiste en a faite. L’ascendance de Jonathan Sullam s’étend sur plusieurs générations d’exil : les membres de la famille ont dû fuir l’Europe, subir les expulsions du foyer d’Égypte, de la Syrie ou d’Irak lorsque les pouvoirs en place se sont retournés contre leurs citoyens. De chaque patrie qu’ils ont quittée, les membres ont rapporté des langues, des cultures, des habitudes, ainsi que des photographies. Ces archives et cette mémoire collective ont fortement influencé le travail de l’artiste, qui se manifeste à travers une contemplation des lieux dont sa famille a dû s’éloigner.