A la suite de l’exposition Des Choses vraies qui font semblant d’être des faux-semblants qui s’est tenue à l’espace Panorama de la Friche la Belle de Mai (12 novembre 2021 – 13 février 2022), le GMEM vous accueille en résidence autour de votre projet Heidi. Heidi est une performance musicale et sonore créée en 2003. Qu’est qui vous a poussé à la réactiver aujourd’hui ?

Cela pourrait s’apparenter aux hasards de la vie. Au printemps 2020, lorsque nos activités se sont immobilisées, nous avons pu nous concentrer autrement et utiliser cette période pour reprendre, développer ou terminer d’autres projets mis à l’écart ou abandonnés par faute de temps. Une partie de notre habitat est devenu un studio son. Un peu plus tard, Stéphanie Pécourt a déterré les mémoires d’Heidi des limbes d’Internet et nous a suggéré avec enthousiasme de réactiver la performance. Nous étions surpri.e.s mais c’était étonnement à propos.
Heidi est un dispositif plus ou moins immersif et l’un de nos pseudonymes que nous utilisions à l’époque. Composés de signaux visuels et sonores que nous répétions, distordions, synthétisions et surtout dégénérions dans des jeux de reliefs numériques, les signaux visuels dansaient au grès du son électronique et s’auto-mutilaient sur des écrans ou de simples murs. Nous donnions la part belle aux logotypes de l’appareillage électronique qui nous entouraient, toujours plus nombreux.
En 15 ans, les choses ont changé, mais les basculements sémantiques dans les signes et le langage nous amusent toujours autant qu’ils nous angoissent. Nous avons pensé réactiver Heidi mais cette fois avec une grammaire plus personnel et intimiste. Une petite comédie dramatique et autobiographique qui s’animerait sur les nouvelles compositions musicales du printemps 2020.

Votre démarche artistique échappe à toute assignation formelle et peut me semble-t-il être qualifiée de polymorphe en cela que vous maitrisez tout aussi bien la sculpture, l’édition d’art, l’impression textile, la création musicale, la peinture… Quels liens faites-vous, dans votre travail, entre ces différents champs ? Qu’est-ce qui vous pousse à explorer sans cesse de nouveaux médiums ?

Nous sommes deux et ne travaillons pas de manière isolée, ce qui multiplie considérablement les expériences, les rencontres, les envies et les possibilités. Nous apprécions beaucoup les moments de prospection et d’apprentissage.
Un livre vient tout juste de sortir en France sur Picabia. Il disait de lui même qu’il était un artiste en tous genres. Cette expression nous parle et nous trouvons dans l’alternance et la discontinuité un outil critique de notre réalité constituante et de celle qui nous entoure. La fixation dans un medium ou un moyen d’expression avec ses répétitions et souvent le fruit d’une capitalisation et la visibilité forcée d’une œuvre. Ce phénomène est parfois indépendant de la volonté de l’artiste ou de l’auteur. Enfin pas toujours…Ceux qui nous inspirent ont le plus souvent une pratique polymorphe.

Cette résidence se tiendra alors que le MAC’s – Musée d’Art Contemporain du Grand Hornu (Be) présentera, du 27/02/2022 au 18/09/2022, à travers une exposition monographique, un parcours rétrospectif de vos œuvres entre 2010 et 2020. Pouvez-vous nous en dire plus ?

En effet, à l’invitation du MAC’s nous présenterons 3 séries de travaux développés et réalisés durant cette décennie. Certaines de ses œuvres n’ont jamais été présentées, d’autres prendront une nouvelle configuration. Ces pièces sont essentiellement sculpturales et picturales mais chacune d’elle a nourri des projets éditoriaux, des extensions d’elle-même et des collaborations. Elles ont le point commun de l’inconfort et d’une gêne postérieure à un état de joie et d’abondance.
Les plus anciennes ont soudain eu un regain d’intérêt depuis deux ans. Peut-être parce qu’elles font écho plus largement aujourd’hui qu’il y a 10 ans à des problématiques actuelles que sont la fluidité du genre, la résistance aux normes et aux forces qu’exercent les “bio-pouvoir” sur les corps et le corps social.
La preuve en est, nous avons cette année eu plus de difficulté à nous procurer les molécules pharmaceutique pour le parachèvement de ces pièces, en quantité nécessaire. Naïvement nous avons cru que c’était un problème de disponibilité de stock mais il n’en était rien. Il s’agissait de contraintes de licences, de droit industriel et commercial, de responsabilité et de complicité. Pour le reste rien n’avait changé depuis 2010, ni la formule, ni les moyens.