08.03.22

Interview de Joëlle Sambi

Joëlle Sambi Nzeba Slameuse, romancière, autrice et militante féministe LGBTQIA+, Joëlle Sambi interroge l’identité, la norme et les situations d’impuissance.

En 2021, vous créez le spectacle Fusion, qu’elle était l’urgence de cette création ?

En 2021, FUSION arrive sur les planches avec son texte et sa chorégraphie en pleine résonance avec l’actualité autour des violences policières, des migrants qui tapissent le fond des mers et toutes les parce qu’e 2020, nous avons versé des larmes de tristesse et de rage face à la violence des institutions de l‘Etat belge. Face à l’impunité de de celles et ceux qui assassinent nos ami.e.s, nos frères, nos sœurs, nos oncles, nos parents…

En 2020, le 25 mai Georges Floyd est mort, assassiné par des policiers blancs de Minnéapolis aux Etats-Unis d’Amérique.

Un mois plus tôt, le 10 avril 2020, Adil Charrot, jeune bruxellois de 19 ans est percuté par une voiture de police. Ce n’est pas un cas isolé ou exceptionnel, ce n’est pas une bavure. Il y a Akram, Edouard, Kali, Loïc, Nils, Salomé, Raphaël, Pauline,… et je ne parle ici que de la Belgique. C’est sans fin, une macabre répétition d’hommes et de femmes racisé.e.s assassinés par la police, alors bon…que l’on ne me parle pas de bavure. Avec FUSION, ce que nous disons c’est qu’il est atroce de vivre au quotidien en sachant que nos mélanines, nos genres, nos apparences, nos quartiers, etc. sont les critères à partir desquels des dépositaires de la force publique aka la police nous assassine. Ceux à partir desquels on décide que nos vies valent moins que celles des autres.

Il n’y a urgence, pas parce que #BlackLivesMatter est le hashtag à la mode ou parce que le noir est la couleur tendance, pas parce que les JT ouvrent avec les visages en pleurs des familles endeuillées, mais surtout parce que soudainement ça pue encore plus, ça dégouline tellement de merde qu’il n’est plus possible de la glisser sous les tapis luxueux. Des morts, il y en a toujours eu et peut-être qu’il n’est plus possible de contenir les rages et les colères. Fusion c’est l’urgence de dire et ça tombe là maintenant, d’autres l’ont fait avant nous et d’autres encore feront, à l’infini, c’est certain.

Comment l’écriture et la collaboration s’est-elle opérée avec la co-autrice de ce projet à savoir : Hendrickx Ntela, finaliste du Championnat du monde de Krump ?

Hendrickx et moi nous sommes rencontrées lors d’un événement de commémoration de Semira Adamu, jeune femme nigériane, étouffée jusqu’à la mort par la police belge lors d’une tentative d’expulsion.
Hendrickx y présentait une pièce de danse avec une bande-son reprenant des extraits sonores de la voix de Semira ; le tout accompagné d’une chorégraphie qui intégrait un coussin pour symboliser l’étouffement de Semira.

C’était une forme courte, mais d’une puissance que j’ai rarement ressentie dans la danse. Un entremêlement de la vie et de la mort, une mélopée qui lie irrémédiablement la laideur de la violence raciste et la beauté de nos forces en résistance. Ca pulvérise, ça ébranle comme un coup de foudre et je n’ai

eu qu’une envie : travailler avec elle et faire dire à nos corps et à nos voix toutes ces choses qui nous révoltent. Aucune autre discipline de danse ne me paraissait plus adéquate que le Krump.

Nous avons beaucoup parlé, énormément discuté du sens, des intentions et Hendrickxs a proposé des choses, j’ai écrit et réécrit quand ce n’était pas assez clair. Bien que nous évoluions chacune dans une discipline distincte, FUSION est vraiment la somme de nos envies de dénoncer et mes mots ne prennent leurs sens que parce qu’ils sont portés incarnés, portés par Hendrickx et inversement.

C’est un collaboration extrêmement enrichissante.

Qu’avez-vous ressentie lors de votre désignation comme artiste associée au Théâtre National Wallonie-Bruxelles, qu’entendez-vous impulser dans ce cadre ?

Ma désignation comme artiste associée au Théâtre National de la FWB est une petite fierté. Elle s’inscrit, non pas comme l’aboutissement de plusieurs années de travail, mais bien comme une étape supplémentaire sur la route que je trace. C’est une belle alliance à partir de laquelle j’espère apprendre beaucoup mais aussi, apporter. Quand on est militante, le lieu de l’institution n’est pas neutre (aucun lieu ne l’est de toutes les manières) et cela demande donc une attention supplémentaire aux mécanismes - conscients ou pas - qui se jouent et participent parfois de la discrimination. Bien qu’il s’agisse pour moi, au final d’apporter une expertise, d’attirer le regard sur les marges, c’est avant tout un travail et je compte bien le mener avec la passion et l’engagement qui me caractérisent.

Quels sont vos projets futurs ?

Je rentre dans une année d’écriture et de création. Il y a de nombreux projets de scène en gestation.
En 2022, vouspourrez voir, en plus de « Fusion » avec Hendrickx Ntela, d’autres pièces comme « Koko Slam Gang » qui est une spectacle où e mets en scène un groupe de grands-mères congolaises qui slament leurs vécu (Première au KVS le 16 avril 2022), il y a « Angles Morts » qui est mon premier seul en scène avec l’artiste Sara Machine, une pièce qui mélange le slam et la musique électro ( Première à la Balsamine en octobre 2022), il y a aussi la forme concert de mon dernier livre « Caillasses » que je jouerai notamment sur la scène du Festival Esperanzah (Juillet 2022).