Exposition Chaim Kaliski « Jim d’Etterbeek » au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme à Paris
Commissaire : Virginie Michel, attachée de conservation au mahJ. Conseillers scientifiques : Joel Kotek, historien des génocides, professeur à l’Université libre de Bruxelles et président de l’Institut Jonathas, et Laurence Schram, historienne, senior researcher à Kazerne Dossin, à Malines.
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple, 75003 Paris
▷ Tarif plein : 13 €
▷ Tarif réduit : 9 € (18-25 ans non résidents européens, familles nombreuses)
▷ Gratuit pour les Amis du mahJ, les moins 18 ans. les 18-25 ans résidents UE. Voir les autres gratuités
Gratuit pour tous le premier samedi du mois, d’octobre à juin.
Cette première exposition monographique en France consacrée à Chaïm-Charles Kaliski (1929-2015) rassemble 120 dessins, photographies et archives. Elle met en lumière le parcours d’un artiste singulier, à jamais marqué par la Shoah. Double graphique de l’auteur, « Jim d’Etterbeek » est au cœur d’une œuvre monumentale sur l’Occupation à Bruxelles, constituée de plus de cinq mille dessins.
Aîné de quatre enfants, Chaïm Kaliski naît à Bruxelles en 1929 entre la gare du Midi et les abattoirs, dans une famille juive polonaise. Son père, Abraham, est maroquinier, sa mère, Fradla, couturière. L’occupation de la Belgique en mai 1940 bouleverse leur existence. Après avoir fui en France devant l’avancée de la Wehrmacht, les Kaliski reviennent dans la capitale
belge, faute de ressources. Commence alors une survie qui tient du miracle puisqu’ils échappent aux contrôles, aux dénonciations et à la grande rafle du quartier juif de Cureghem, le 3 septembre 1942. Mais Abraham est arrêté le 12 février 1944. Fradla parvient alors à placer ses plus jeunes enfants et se cache avec Chaïm, jusqu’à la Libération en septembre 1944.
Pour Chaïm, la vie s’arrête le jour de l’arrestation de son père, dont il revivra le traumatisme toute son existence. C’est à l’âge de soixante ans, en 1989, sur les conseils de sa sœur Sarah, elle-même artiste peintre, qu’il entreprendra de dessiner leur histoire, à laquelle il se consacrera pendant dix-huit années, produisant des milliers de dessins.
Le trait, au premier abord enfantin, n’en est pas moins sûr : scènes d’arrestations, de rafles qui obsèdent l’artiste, resté à jamais « enfant caché », marqué par la peur et l’angoisse liées aux images imprimées sur sa rétine. Essentiellement tracées à l’encre de Chine, ces scènes déchirantes allient le texte et l’image. Elles consistent en des dessins « très sonores », qui évoquent les cris d’épouvante, les hurlements, le bruit des moteurs des camions ou le cliquetis des armes lors des rafles, formant un tourbillon auquel s’ajoutent des refrains récurrents, telles d’obsédantes litanies. Le lecteur découvre une communauté juive en voie d’anéantissement à travers les conversations entre le père de l’artiste et les connaissances qu’il croise lors de ses déambulations.
Les dessins réalisés par Chaïm Kaliski constituent la chronique bouleversante d’une enfance juive et un témoignage d’une infinie précision sur les juifs bruxellois sous l’Occupation. Parfait exemple d’art brut, son oeuvre est celle d’un homme hypermnésique, doté d’une immense culture historique, et d’un artiste encore méconnu en France.
L’exposition, qui a bénéficié de prêts exceptionnels du musée juif de Belgique, est accompagnée d’une rencontre à l’auditorium et de visites guidées.