La Nuit des Musées #(((INTERFERENCE_S)))) Écouter les traces, activer les mémoires
Journée d’Intercession 2026 dans le cadre du Festival (((INTERFERENCE_S)))) — Acte 6 : Augures & Frémissements
Gratuit
Galerie
127-129 rue Saint-Martin
75004 Paris
■ 15h00–17h00 | Performance en Théâtre : Jérôme Grivel — VVV (Variations Vociférantes Virales)
■ 15h00–19h00 | Atelier en Galerie : Sonia Saroya — Drum Machine (Participation sur inscription – observation libre)
■ 15h30–19h00 | Atelier en Cour : Maryia Kamarova — Atelier Sound Artifacts as Material (Participation sur inscription – observation libre)
■ 16h00–20h00 | Séance d’écoute en Cour : Cyril Leclerc — B A G N O L E
■ 18h30–20h00 | Performance en Cinéma : Simon Mahungu — Fragments d’une mémoire en mouvement
■ 19h00–19h30 | Live en Galerie : Restitution Maryia Kamarova
■ 20h00–20h30 | Live en Théâtre : Navarro & Bourdon
■ 20h30–22h00 | Live en Théâtre : Bear Bones, Lay Low
Accès aux lives dans la limite des places disponibles en salle de théâtre
Jérôme Grivel (né en 1985 à Mulhouse) développe une pratique performative et transdisciplinaire (sculpture, dessin, projets architecturaux, performance, vidéo). Son travail explore les relations enchevêtrées entre situations, environnements et corps, ainsi que les dimensions sociales, politiques et psychologiques qui en découlent. À travers des dispositifs activables, il interroge les structures visibles et invisibles qui conditionnent nos croyances, mouvements et comportements.
Son travail a été présenté dans le cadre d’expositions personnelles et collectives par des institutions internationales telles que Mac Val (Vitry-sur-Seine), Centre Wallonie-Bruxelles (Paris), Grand Palais (Paris), Wiels (Bruxelles), Städische Galerie Stapflehus (Weil am Rhein), Frac Sud (Marseille), Institut d’Art Contemporain (Villeurbanne), MAMAC (Nice), Museum Of Impossible Form (Helsinki), Kunsthausl6 (Fribourg), Palais de Tokyo (Paris), Collection Lambert (Avignon), Espace de l’Art Concret (Mouans-Sartoux), City Sonic (Mons), entre autres.
En 2025, il est lauréat du prix du Centre Wallonie-Bruxelles / Carré sur Seine (2024) et a été finaliste du Prix de dessin Pierre David-Weill (2021), du Prix Sciences Po (2019) et de la Bourse Révélation Emerige (2017).
VVV (Variations Vociférantes Virales) :
Avec VVV (Variations Vociférantes Virales), Jérôme Grivel propose un projet à plusieurs volets intriqués, articulé autour des voix d’un groupe de personnes hétérogène. Lors d’un atelier participatif, après une initiation aux pratiques vocales étendues, les participants sont invités à interpréter, seuls ou en groupe, des consignes issues d’une partition ouverte, afin de faire émerger vocalement les états émotionnels et psychologiques qui les traversent (joie, peur, tristesse, frustration, colère, etc.).
À partir des enregistrements réalisés durant l’atelier, l’artiste compose une performance accompagnée de pièces sonores diffusées via des sculptures-enceintes portatives manipulées par des performeurs déambulant de l’intérieur de l’espace d’exposition vers la rue et les espaces adjacents. Se font alors entendre des manifestations vocales pouvant être perçues comme des protestations, des râles, des suppliques ou des clameurs. L’artiste incarne par ailleurs une position de soliste, interprétant une partition vocale construite en dialogue avec les pièces sonores issues des enregistrements.
Sonia Saroya (FR) développe un univers fragile et discret où les propriétés et l’histoire techniques et technologiques - leurs origines, minéral ou industriel - entrent en résonance avec des questionnements issus des sciences humaines, de la philosophie ou des problématiques contemporaines.
Dans ses installations et sculptures sonores, elle prolonge et déplace les savoir-faire vers des formes hybrides où cohabitent des techniques telles que la bijouterie ou la céramique avec des dispositifs électroniques. Pensé comme un ensemble d’« œuvres-outils », son travail ouvre des espaces narratifs, invitant à une expérience à la fois perceptive et réflexive.
Diplômée de l’Université Paris VIII Vincennes–Saint-Denis, son travail a bénéficié de divers soutiens en France (DICRéAM, Région Île-de-France, Ville de Paris, FoRTE….) et s’est développé à travers plusieurs résidences d’artistes (GMEA – Albi, GMEM – Marseille, Sound Art Lab – Danemark…). Elle présente ses œuvres dans des centres d’art et des lieux culturels en France (CNEAI, Réserves du FRAC, La Station – Gare des Mines, GMEA, Instants Chavirés…) et à l’étranger (Biennale WRO en Pologne, QO² en Belgique, Festival NOPA en Arménie).
Drum Machine :
Dans la continuité des logiques décrites par Charles Stépanoff — où certaines pratiques rituelles reposent sur une circulation ouverte des savoir-faire et sur la possibilité pour chacun·e d’accéder à l’instrument — ces deux sessions prolongent la pièce dans un espace de co-élaboration. Là où le tambour devenait circuit et l’objet cérémoniel machine autonome, l’action revient ici sous une forme partagée : manipuler, relier, transformer, afin d’éprouver concrètement la manière dont des dispositifs techniques produisent du son, façonnent l’écoute et orientent nos imaginaires.
Ces moments ne visent pas la production de formes closes mais l’activation d’un processus commun. En découvrant les principes qui sous-tendent le dispositif — capable de générer des signaux, des rythmes, des présences acoustiques — puis en donnant corps à leurs propres variations, les participant·es prennent part à une mise en circulation des gestes et des connaissances, dans une dynamique où la compréhension se construit par l’expérience. Le circuit cesse alors d’être une simple architecture fonctionnelle pour devenir une source sonore, un médium d’attention, un support de projection et de réflexion critique.
Pensée comme une base évolutive, l’installation se transforme au fil des contributions. Les éléments issus des sessions rejoignent progressivement l’espace d’exposition et en reconfigurent la physionomie, modifiant ses textures auditives autant que ses formes visibles. La pièce se déploie ainsi comme une structure ouverte, cumulative, traversée par des apports successifs — un organisme artistique en devenir, où chaque intervention infléchit le paysage sonore et prolonge la vibration de l’ensemble.
Ces deux rendez-vous affirment la fabrication comme un acte de partage et de réappropriation : une manière d’ouvrir l’accès aux outils, de redistribuer les compétences et de faire de la technique un champ d’expérimentation sensible, où l’écoute devient un mode d’attention au monde et où les imaginaires se composent collectivement.
Ces sessions, les 23 mai et 6 juin, d’une durée de 4 heures, se déroulent en petit groupe, sur inscription, et s’adressent à un public à partir de 13 ans. Elles s’inscrivent dans une temporalité permettant une immersion progressive dans le processus de fabrication. Les formes élaborées au cours des rencontres intégreront le dispositif présenté en galerie et participeront à son évolution, contribuant à enrichir sa dimension sonore. Aucun prérequis n’est attendu.
Maryia Kamarova est une artiste interdisciplinaire dont la pratique se situe aux frontières des arts performatifs, de la scénographie, du son et de l’installation. Elle s’intéresse à la création de dispositifs spatiaux qui suscitent une forme de curiosité et d’attention envers l’ordinaire. En mettant en scène et en réactivant des objets et des technologies du quotidien, ses œuvres soulignent l’agency matérielle et les capacités créatives du monde non humain.
Maryia envisage le son comme un médium temporel, nourri par des collaborations avec des choses, des environnements et d’autres personnes. Elle développe continuellement des objets électroacoustiques autonomes, assemblant des matériaux trouvés à des dispositifs électroniques analogiques. Adoptant une posture de facilitatrice, elle laisse ensuite ces entités habiter temporairement les sites de performances et d’installations.
Kamarova fait partie du collectif PYL, qui conçoit depuis 2018 des performances et installations fondées sur l’objet. La pratique de PYL explore les limites de la perception anthropocentrée dans un dialogue avec la matière, à travers des tentatives ironiques de saisir l’agency non humaine. Le groupe développe un langage performatif singulier en mobilisant des méthodes DIY et des principes de recyclage, étendant les moyens et les significations de la scénographie bien au-delà de la scène théâtrale.
Elle fait actuellement partie de l’équipe artistique de Q-O2 et vit et travaille à Bruxelles. Maryia est née en 1998 à Minsk, au Belarus.
Sound Artifacts as Material :
Cet atelier envisage l’amplification non seulement comme un procédé technique, mais comme une stratégie de préhension de l’écologie acoustique et de la matérialité des appareillages sonores. L’amplification révèle certains objets et qualités, comme elle en oblitère d’autres ; elle fait la médiation de, et parfois déstabilise, ce que l’on écoute.
Comment amplifier par l’attention elle-même, en déplaçant nos échelles sensibles, en modulant nos régimes d’écoute ?
Les participant·es seront introduit·es à des techniques de travail mobilisant des dispositifs accessibles et low-tech : microphones électret auto-construits, enregistreurs portables, systèmes de diffusion hi-fi. Une session expérimentale, fondée sur la manipulation directe des instruments, sera consacrée à ce que l’on nomme communément des artefacts sonores — distorsions, souffles, larsens, turbulences, sons de contact et autres manifestations généralement assignées au statut d’interférence dans les pratiques d’enregistrement de terrain.
Ces phénomènes seront abordés non comme des résidus à corriger, mais comme une matière à écouter, à enregistrer et à performer. En négociant entre hasard et contrôle, nous nous guiderons de ces imperfections technologiques pour composer des réponses spontanées et situationnelles. La session se conclura par une intervention performative collective au sein de l’espace d’exposition.
Cyril Leclerc est un artiste visuel et sonore résidant à Montreuil. Il mêle son, lumière, électronique et matières organiques. Son travail est présenté dans des festivals de danse, de performance et d’art numérique, tels que le festival Némo, le festival Sonica ou la Nuit Blanche à Paris.
B A G N O L E :
Symbole de liberté, de richesse et aujourd’hui enjeu écologique majeur, la voiture constitue un objet central de nos imaginaires contemporains. Au-delà de sa fonction utilitaire, elle incarne une expérience du déplacement et du voyage largement explorée dans le cinéma (Thelma et Louise, Sur un arbre perché) comme dans la littérature (Sur la route, Crash).
Le projet propose à quelques spectateur·rices, installé·es dans une voiture à l’arrêt, un concert live d’une durée maximale de 20 minutes. Cette configuration crée une situation d’écoute intime et immersive, où le véhicule devient à la fois espace scénique et dispositif perceptif.
Ces concerts-performances offrent des expériences sonores et visuelles immersives, construisant des formes de « voyages immobiles ». Le dispositif joue sur la proximité, la perception sensorielle et la transformation d’un objet quotidien en espace d’expérimentation artistique.
- Intervenant :
Bertrand Larrieu — V12_atmo autostop
Créateur son depuis 1999, il réalise ses premières bandes-son pour la scène puis il compose surtout pour la danse contemporaine.
Parallèlement, il prend le son et réalise le montage son/mixage de films documentaires de création.
Ses créations personnelles sont parfois documentaires par leurs matériaux, souvent musicales dans leurs formes, et diffusées lors d’écoutes collectives…
V12_atmo autostop :
Les performances V12_atmo et autostop s’inscrivent dans une pratique sonore qui interroge les imaginaires liés à la route, au déplacement et aux constructions narratives qui les accompagnent.
Simon Mahungu est un artiste sonore, poète et chercheur en création. Né à Bruxelles en 1996 d’une mère belge et d’un père congolais, il développe un travail à la croisée de la radio et de l’art contemporain. Invité en résidence au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris, il explore l’utilisation de traces sonores du passé et de sons enregistrés dans le quotidien.
Fragments d’une mémoire en mouvement :
Ses compositions s’appuient sur des matériaux variés : enregistrements ethnographiques réalisés dans des contextes coloniaux, voix, chants, instruments ou sons captés dans l’espace urbain.
Par exemple, la voix de sa cousine reprenant une chanson française à Kinshasa, une conversation enregistrée dans le métro à Bruxelles ou encore un rituel Batetela du Congo.
En faisant dialoguer ces matériaux dans un même espace d’écoute, Simon Mahungu compose des strates et des polyphonies où différentes mémoires se croisent et se transforment. Ses montages sonores font émerger des récits fragmentés qui ne suivent pas une chronologie linéaire et cherchent à rendre perceptible ce que les enregistrements ne disent pas directement : les silences, les absences et les histoires souvent invisibles derrière les sons.
Le 23 mai, dans le cadre de la Nuit des musées de Paris, il proposera une rencontre avec le public dans la salle de cinéma du Centre Wallonie-Bruxelles à Paris, mêlant projection, discussion et expérimentation autour de cette recherche.
La rencontre pourra s’ouvrir par la projection d’un film en lien avec les questions d’archives, de mémoire et de traces coloniales, tel que Les statues meurent aussi (1953) d’Alain Resnais et Chris Marker, ou The Halfmoon Files (2007) de Philip Scheffner.
La chanteuse et musicienne camerounaise Astronne participera à cette rencontre et accompagnera les échanges avec le public.
Au cours de cette séance, Simon Mahungu présentera certains matériaux sonores issus de sa recherche ainsi que le dispositif d’écoute qu’il développe au sein du centre, à partir d’exemples de montages réalisés à partir d’archives et d’enregistrements du quotidien.
Le public sera enfin invité à participer à une expérience collective d’écoute, explorant différentes manières d’écouter, de ressentir et d’interpréter des fragments d’archives sonores, devenant à leur tour des artisans d’archives. Cette exploration collective fera apparaître la pluralité des interprétations que ces sons peuvent susciter, ainsi que les perspectives critiques, personnelles et artistiques qu’ils peuvent ouvrir.
SMOG est une série mensuelle basée à Bruxelles (Belgique) depuis 11 ans, avec plus de 130 soirées organisées, dédiée à la création musicale contemporaine dans son sens le plus ouvert. Pensée comme un espace de rencontre, SMOG cherche à créer des connexions entre pratiques, esthétiques sonores et publics qui coexistent souvent sans réellement se croiser. Au cœur du projet se trouve une attention particulière portée à la recherche musicale, qu’elle s’inscrive dans le langage contemporain écrit, mais aussi dans des formes issues d’autres pratiques hybrides.
Ce qui relie ces propositions n’est pas un genre, mais une exigence artistique et une volonté de recherche. Les soirées SMOG, souvent structurées en deux ou trois parties, mettent en dialogue ces univers afin de provoquer des écoutes nouvelles et des déplacements de perception. SMOG cherche ainsi à créer des ponts entre des scènes habituellement séparées, allant de la musique classique contemporaine à la techno, du punk au quatuor à cordes, dans le désir de dépasser les cadres esthétiques et les lieux de diffusion traditionnels, en proposant des soirées où différentes manières de faire et d’écouter la musique peuvent coexister dans un même espace.
SMOG c’est Vera Cavallin, Pierre Slinckx, Helena Castells Savall, Gilles Gobert et Ahmed Awad.
SMOG a choisit d’accompagner deux propositions sonores à l’occasion de la NUIT DES MUSEES :
- Les percussionnistes Andrés Navarro et Alexis Bourdon pour interpréter “Flourish”, de Sarah Hennies
- Le set Live de Bear Bones, Lay Low
Andrés Navarro García
Andrés Navarro García (Murcie, 1992) est percussionniste et artiste sonore. Son travail explore la percussion en relation avec l’espace, les objets et le présent. Son approche privilégie le son plutôt que la musique, et la vibration physique plutôt que les concepts théoriques. Depuis 2017, il vit et travaille à Bruxelles, après avoir achevé ses études de percussion à la School of Arts KASK & Conservatorium (Gand). Ces dernières années, il a développé une pratique artistique où le performatif, le banal et le sonore coexistent. Dans son travail, l’improvisation et la création n’apparaissent pas comme des méthodes distinctes, mais comme différentes formes d’écoute. Son parcours inclut des collaborations avec des compagnies, des artistes visuels, des performeurs et des musiciens, ainsi que la création de pièces pour le théâtre, la danse et des ensembles. Ses créations ont été présentées dans des lieux tels que Q-O2 (Bruxelles), STUK (Louvain), Charleroi Danse, MUSICA (Neerpelt), AADK (Murcie), Logos Foundation (Gand), et lors de festivals comme Agora Actual Percussio (Valence), Roskot Festival (Alost), Gentsche Fest Spiele (Gand), entre autres. Il a travaillé avec des compositeurs et musiciens tels que Hugo Morales Murguía, Stefaan Quix, Seijiro Murayama, Clara Levy, Baudouin de Jaer, Óscar Escudero, Ilaria Orlandini, José Nieto, Dick van der Harst, Lukas de Clerck et Pedro Guajardo. Il a été membre ou collaborateur de formations telles que Stefaan Quix & Het Quixtet, Quartetto Prometeo, ZAMAN, Ensemble 21, Container Ensemble, La Monnaie/De Munt, BUBBLE DANCE, entre autres. Il s’est produit dans des salles et festivals comme le Museo José Guerrero (Grenade), Ars Musica (Bruxelles), Sala Verónicas (Murcie), Concertgebouw Brugge (Bruges), De Singel (Anvers), Moers Festival (Allemagne), Palacio Almudí (Murcie), S.M.A.K. Museum (Gand), Morphine Raum (Berlin) ou encore le Festival Imaginarius (Portugal).
Plus que dans la quête d’une identité, sa pratique se concentre sur l’habitation d’espaces, l’activation de l’écoute et la recherche d’autres formes de relation — avec les sons, avec les autres, avec le monde et avec ce qui n’a pas encore de forme.
Alexis Bourdon
Alexis Bourdon se forme à la percussion auprès de Georges-Elie Octors et Gerrit Nulens, au Conservatoire royal de Liège. Les approches contemporaines qu’ils y développent nourrissent son intérêt pour les pratiques élargies des percussions classiques. En 2012, il rejoint la tournée Drumming de Anne Teresa De Keersmaeker avec Rosas et Ictus. Son travail avec danseurs et chorégraphes se poursuit par sa pratique d’accompagnateur pour les classes de danse en Humanités Artistiques à l’Athénée de Fragnée.Parallèlement à la pratique de la percussion, Alexis développe un goût pour l’analyse de la matière première qui compose une œuvre musicale. Après un premier travail avec Jean-Marie Rens, il se forme à l’analyse approfondie auprès de Chris Murray à l’ULB. Au sein de Iinitium Project, il développe un travail d’écriture et de réécriture à partir de matériaux existants. Il y aborde notamment le Tierkreis de Karlheinz Stockhausen ainsi que JUST, en travaillant sur la matière harmonique et rythmique des œuvres d’origine, qu’il n’hésite pas à détourner de leurs lignes mélodiques pour replacer le texte et la structure au centre de l’écoute. Ce processus de transformation, qui privilégie l’exploration des structures internes plutôt que leur citation directe, s’inscrit dans une recherche plus large autour de la perception et de la mémoire musicale. Aujourd’hui, son travail se déploie principalement dans le champ des arts de la scène, en étroite collaboration avec des chorégraphes et interprètes. Il y développe une pratique située à la frontière de la composition, de la performance et de la présence scénique, où le geste sonore dialogue avec le mouvement. En investissant des dispositifs hybrides mêlant percussion, objets et électronique, il conçoit des formes où le son devient un partenaire actif du corps, participant pleinement à l’écriture scénique.
Flourish, de Sarah Hennies :
Dans Flourish, la compositrice Sarah Hennies repousse les limites du timbre instrumental et des exigences techniques des interprètes. La répétition et les nuances subtiles font émerger des instabilités sonores, dissolvant les contours de la virtuosité et du temps pour permettre aux résonances de se déployer dans l’espace.
L’œuvre de Sarah Hennies explore une variété de thèmes musicaux, sociopolitiques et psychologiques, notamment les identités queer et trans, la psychoacoustique, ainsi que les conditions sociales et neurologiques qui sous-tendent la pensée créative.
Bear Bones, Lay Low :
D’origine vénézuélienne et installé en Belgique, Ernesto González Rondón utilise du matériel électronique pour évoquer des visions d’un univers personnel. Les éléments sonores se mélangent et produisent des rythmes et mélodies répétitives enveloppés de bruits dissonants, invitant tant à l’écoute solennelle qu’à la danse extasiée où l’archaïque rejoint le futuriste, et le terrestre, le cosmique.
BBLL a aussi fait partie de nombreux ensembles de musique libre en Belgique tels que le groupe de rock psychédélique Silvester Anfang/Sylvester Anfang II ainsi que les duos de musique électronique dansante Tav Exotic et Carcass Identity. Ses collaborations continuent à proliférer, les plus récentes étant le duo XAXI (avec Lamina) et une collaboration avec Black Zone Myth Chant. Son album plus récent, « Ideas Flotantes » est sorti sur le label belge KRAAK en fin 2023.
L’univers électronique de Bear Bones, Lay Low captive et envoûte. Il propulse l’auditeur vers des galaxies ancestrales, mêlant textures harmoniques et rythmes viscéraux. Les boucles se transforment, reviennent, se renouvellent sans cesse, sans pause ni répit. Un voyage incroyable, intérieur et tourné vers l’Autre. Une traversée infinie de pur plaisir.
Le festival ((((INTERFERENCES)))) festival de substrats sonores _ se fait l’étendard de recherches qui s’auto-différencient, s’auto-éditent et engendrent des ordonnancements erratiques - un festival de l’imprédictible, du décodage, du déséquençage, de l’indétermination à saveur hautement poétique porté par des artistes limier.e.s de réalités enfouies et de sonorités insoupçonnées.
Les journées d’Intercession qui s’y déploieront se proposent de prolonger l’anarkhè-exposition du festival en la mettant en tension, en circulation, en vibration.
Elles en constituent les moments de condensation : des instants où les œuvres cessent d’être des entités stabilisées pour devenir des situations en devenir, des protocoles d’expérience, des écologies collectives.
Elles prennent place, elles occupent, elles débordent.
Elles révèlent les lignes de force d’un territoire, en déplacent les usages, en recomposent les seuils d’attention, agissant comme des forces de territorialisation et de déterritorialisation — au sens deleuzien — générant des zones d’intensité, des foyers d’écoute et des communautés éphémères.
Elles procèdent d’une nécessité : inventer des formes de diplomatie d’accueil capables de répondre aux mutations contemporaines des pratiques artistiques, aux circulations instables des savoirs et aux recompositions sensibles des subjectivités, des mémoires et des imaginaires.
Elles interrogent dans le contexte du festival (((INTERFERENCE_S)))) les formes contemporaines de présence sonore :
Comment un signal sonore rassemble-t-il des corps ?
Comment une vibration modifie-t-elle la perception d’un lieu ?
Comment une voix, un souffle ou une fréquence peuvent-ils devenir des actes d’adresse ?
L’intercession se manifeste comme une technologie relationnelle — un ensemble de gestes, de situations et de protocoles qui activent le potentiel d’agencement et la puissance d’irruption du son devenu matière opératoire capable de reconfigurer les espaces et d’altérer les régimes de perception. Pensée à l’aune des zones autonomes temporaires, ces journées ouvrent des seuils de friction qui exposent à l’altération.
La première journée d’Intercession s’ouvre par une attention portée aux formes de persistance sonore — ce qui subsiste dans les enregistrements, ce qui circule entre les générations, ce qui se transforme au contact des contextes et des usages. La programmation rassemble des propositions qui envisagent l’écoute comme une pratique située, capable de faire émerger des récits à partir de matériaux fragiles ou instables.
Avec l’atelier Sound Artifacts as Material, Maryia Kamarova propose une investigation des phénomènes habituellement relégués au rang d’accidents techniques : distorsions, parasites, feedbacks ou souffles. En mobilisant des dispositifs d’enregistrement simples et accessibles, les participant·es expérimentent ces occurrences sonores comme des matériaux de composition. L’attention portée aux variations et aux déséquilibres devient ici un levier d’expérimentation.
Avec Drum Machine, Sonia Saroya propose un atelier de fabrication de circuits sonores pensé comme un espace de transmission et de réappropriation technique. Prenant appui sur une réflexion autour des technologies qui configurent les imaginaires, cette proposition collective engage les participant·es dans la production de nouvelles formes sonores destinées à rejoindre l’installation en salle. Le workshop prolonge ainsi l’œuvre en l’ouvrant à un processus d’élaboration partagé.
Avec VVV (Variations Vociférantes Virales), Jérôme Grivel déploie un dispositif performatif centré sur les potentialités de la voix. À partir d’une partition ouverte, des participant·es expérimentent différentes expressions vocales — cris, souffles, murmures ou clameurs révélateurs des états émotionnels et psychologiques —ensuite intégrées à une composition sonore diffusée dans l’espace. Les déplacements des performeurs et la circulation des sons produisent une situation collective où les manifestations vocales deviennent des formes d’adresse et de relation.
Dans un registre plus resserré, B A G N O L E, projet de Cyril Leclerc, propose à quelques spectateur·rices de prendre place à l’intérieur d’un véhicule transformé en dispositif d’écoute, activé tout au long de la journée par des artistes sonores. Détournant un objet familier, la proposition en fait une micro-architecture perceptive, où la proximité des corps et la concentration de l’attention génèrent une expérience immersive proche d’un voyage immobile.
À travers une rencontre performative mêlant projection, écoute et manipulation sonore, Simon Mahungu engage le public dans une exploration des archives envisagées comme une matière active. Les enregistrements n’y apparaissent pas comme des documents stabilisés, mais comme des fragments susceptibles d’être réinterprétés, déplacés ou réagencés. Voix, silences et bruits du quotidien y composent une mémoire en circulation, ouverte à de nouvelles formes de lecture.
La soirée se prolonge avec une CARTE BLANCHE confiée à SMOG, collectif bruxellois qui conçoit des rencontres musicales ouvertes aux formes expérimentales et aux croisements esthétiques, avec une attention particulière portée à l’écriture contemporaine. Deux percussionnistes, Andrés Navarro et Alexis Bourdon, interpréteront une pièce pour vibraphone, avant qu’un set électronique de Bear Bones, Lay Low ne vienne en prolonger la dynamique. L’ensemble dessine une continuité sonore où différentes pratiques de la performance, de l’improvisation et de la composition coexistent, s’entrelacent et activent un espace d’écoute partagé.