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Du 11 septembre au 10 octobre 2026

Vernissage le vendredi 11 septembre à partir de 18h30

Entrée libre :
— Du lundi au samedi de 11h00 à 19h00
— Nocturne le jeudi de 14h00 à 21h00

Galerie

127-129 rue Saint-Martin
75004 Paris

Programme du vernissage :

■ 18H30 : Ouverture de l’Anarkhè-exposition 

■ 18H30 – 00H :

— Performances d’Azzedine Saleck avec Brian Close & Low Jack - Amir Youssef & Cie - Daniel Nicolaevsky avec Adeola, Gitroïna Isaac et Julie Rilos - Giuseppe Arnone & Cie - Simon Mahungu

— Concert de Nour Sokhon

Stéphanie Pécourt est, depuis 2019, Directrice générale et artistique du Centre Wallonie-Bruxelles/ Paris. Stéphanie Pécourt fut Directrice des Halles Saint-Géry de 2017 à 2019 et eut pour mandat de recentrer cette Agora sur une politique d’expositions. Pendant quelque 11 ans, elle fut Directrice de l’Agence Wallonie-Bruxelles Théâtre/Danse, agence de diffusion internationale des arts vivants et du Point Contact Culture, agence co-gérée par la Commission européenne en charge de la coopération culturelle. De 2015 à 2017, elle fonde et dirige, à Bruxelles, le belgian Artistic district – 45 000 m2 de résidences et d’expositions éphémères agrégeant plus de 65 artistes internationaux. Depuis 2015, elle intervient comme curatrice indépendante et programmatrice invitée au bénéfice notamment d’ambitions performatives, numériques et hybrides _Palais de Tokyo - Hong-Kong Arts Center - MAAT.Lisbonne - BOZAR.Belgique… En 2017, elle fonde la biennale NOVA_XX, dédiée à l’intrication artistique, scientifique et technologique en mode féminin & non binaire.

Gathering Point - 2025

Gathering Point met en relation deux infrastructures de transmission : des filtres optiques extraits d’écrans LCD démontés, couches invisibles qui conditionnent l’apparition de l’image, et des panneaux de bois sculptés selon les motifs géométriques de l’artisanat damascène, porteurs d’une mémoire matérielle façonnée par le geste.
Au centre du dispositif, un téléphone diffuse des enregistrements d’appels vidéo familiaux. Entre Damas, Paris, Bagdad et Istanbul, ces échanges composent un espace domestique dispersé, maintenu par le rituel quotidien de la connexion. Sous les pas du spectateur, un tapis retrace les trajectoires de cet éclatement géographique.
L’installation déplace l’écran de sa fonction de surface transparente vers celle d’un objet critique. À travers la superposition de filtres polarisants, diffuseurs et plaques de guidage lumineuses, l’image n’apparaît jamais pleinement. Elle se fragmente, se diffracte, résiste à sa propre restitution. L’œuvre n’expose pas une histoire intime. Elle interroge les conditions matérielles qui rendent possible une présence à distance, et révèle ce que chaque transmission contient d’altération, de latence et de perte.
Gathering Point propose ainsi une investigation plastique sur les technologies qui soutiennent nos liens fragmentés, et sur la distance irréductible qu’elles transportent avec elles.


Né en 1987 à Damas, Amer Albarzawi est un artiste et cinéaste syrien basé à Paris. Sa pratique se déploie entre cinéma, installation et performance, dans une recherche qui interroge les relations entre corps, mémoire et structures sociales et politiques.
Formé initialement à la danse contemporaine en Syrie et au Liban, il est diplômé avec les félicitations du jury à l’unanimité du Fresnoy – Studio national des arts contemporains en 2024. Il a également suivi le programme Étudiants Invités de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs.
Ses films ont été présentés dans plusieurs festivals internationaux, notamment au Festival international du film d’animation d’Annecy, à Uppsala Short Film Festival et à Internationale Kurzfilmtage Winterthur. Son travail a reçu plusieurs distinctions, parmi lesquelles le Prix du meilleur court métrage au Dhaka International Film Festival, une mention spéciale au MED Film Festival et le Prix du jury au Toronto Urban Film Festival.Il a développé son travail dans le cadre de résidences de création en France, notamment à RAMDAM, un centre d’art, à l’Abbaye Royale de Saint-Jean-d’Angély et à la Maison Maria Casarès. Son installation Hybrid Memory a été présentée lors de Panorama 26 au Fresnoy (2024).
Son travail a notamment été relayé par PBS NewsHour, Le Monde, Libération et Al Jazeera.

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FONTE explore la fragilité et la dissolution du pouvoir à travers un dispositif mêlant sculpture, performance et vidéo. L’installation présente un congélateur contenant des répliques de fusils AK-47 en glace, ainsi qu’une vidéo montrant des corps tentant de manipuler ces armes en train de fondre. A l’issue de l’exposition, les sculptures disparaîtront ne laissant que leur moule.
Ce projet interroge la nature même du pouvoir : réside-t-il dans la forme de l’arme, dans sa fonction, ou dans l’illusion de contrôle qu’elle produit ? Lors de mon service militaire obligatoire, une question persistante s’est imposée : protégeais-je mon arme, ou était-ce elle qui me protégeait ? Cette ambiguïté s’est renforcée face à des armes défectueuses, symboles d’autorité devenus inopérants.
En écho à des projets historiques comme Habbakuk ou Popeye, tentatives militaires cherchant à instrumentaliser la nature, FONTE met en évidence les limites du contrôle humain.
A la faveur de la performance déambulatoire dans l’espace public proposé lors du vernissage, des sculptures de glace, initialement solides, portées par des 10 performeur·se·s, se transformeront progressivement jusqu’à disparaître.


Amir Youssef est un artiste et cinéaste égyptien né en 1992, travaillant entre Paris et Alexandrie. Diplômé en peinture de l’Université d’Alexandrie (2015), de l’École supérieure d’art d’Aix-en-Provence (DNSEP) et du Fresnoy – Studio national des arts contemporains, il développe une pratique pluridisciplinaire mêlant sculpture, installation, performance, film et vidéo.
Son parcours nourrit un engagement envers les questions d’inégalités sociales, notamment dans les domaines de l’éducation et de la culture, qui traverse à la fois sa pratique artistique et son approche pédagogique.
Son travail interroge les récits historiques et post-coloniaux, explore l’absurdité de la guerre et propose une relecture poétique des imaginaires religieux. À travers ses recherches sur la culture visuelle et l’archéologie des médias, il examine les relations entre mouvement, perception et narration.
Cette réflexion l’a conduit à développer le concept de « Kinemania », un terme qu’il utilise pour désigner la fascination contemporaine pour le mouvement visuel, matérialisée à travers des dispositifs cinétiques et des formes hybrides.
Il a exposé notamment en 2026 au Louvre-Lens, au Salon de Montrouge, à la Selma Feriani Gallery, en Tunisie ; en 2025 à la Cité internationale des arts à Paris, à la BJCEM Biennale en Slovénie, en 2024 au Fresnoy à Tourcoing et au Memento Art Space à Auch, en 2026 à la Fondation Vasarely, à Aix-en-Provence et en 2020 à Ars Electronica, à Linz.

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Gamanké Museum, Bruxelles - 2025

Dans un musée imaginaire, le Gamanké Museum, au cœur d’un désert, une collection de masques issus de la région fictive du Kanéma, prend vie. Ces figures incarnent des présences à faire revivre. Le projet mêle photographie, texte et virtuel, invitant le·la spectateur·ice à repenser la manière dont nous observons, conservons et interprétons ces héritages.
Ce jeu vidéo a pour langue principale le Dgéba, une langue inventée par Anna Safiatou Touré à partir de sonorités inspirées de langues d’Afrique de l’Ouest et Centrale, comme le Bambara et le Sonraï. Cette création linguistique est à la fois politique et thérapeutique : elle permet à l’artiste de s’affranchir de l’anglais et du français tout en recréant du lien avec ses langues natales.
Les masques présents dans le jeu ont été conçus via des scans 3D : certains reproduisent l’intérieur de grands masques existants, d’autres sont réalisés par empreinte directe sur des masques miniatures. L’artiste travaille en partie avec des masques « touristiques », reproductions bon marché d’objets authentiques.
En détournant les codes traditionnels de monstration des objets culturels et cultuels d’Afrique subsaharienne dans les musées occidentaux, l’artiste crée un regard paradoxal, sensible et ironique, redonnant vie à ces objets « morts plusieurs fois ».


Anna Safiatou Touré (1996) est une artiste franco-malienne pluridisciplinaire basée à Bruxelles. Elle est diplômée de l’École des Beaux-Arts de Nantes Saint-Nazaire (2018) et de l’ENSAV La Cambre en photographie (2022). Son travail explore l’espace qui unit ou sépare les deux faces de tout récit migratoire.
Face à la perte des souvenirs de son pays d’origine, le Mali, Anna Safiatou Touré explore dans son travail les thèmes de la migration, de la mémoire, des identités et des relations postcoloniales. Chaque œuvre de l’artiste interroge le vide et l’absence, qu’elles soient intimes ou historiques, et les comble ensuite par des récits fictifs. Dans sa pratique sculpturale, l’empreinte lui permet de donner une forme visuelle à cette absence.
Anna Safiatou a reçu le Prix Médiatine en 2022 ainsi que le Fonds Roger De Conynck en 2023–2024. Depuis 2025, elle fait partie de la plateforme FUTURES Photography et de la sélection du Musée de la Photographie d’Anvers dans le cadre du programme .tiff Emerging Belgian Photography. Son travail a été montré dans différentes expositions collectives en Belgique et à l’international, notamment à l’ISELP et à Kanal - Centre Pompidou (Bruxelles), au FOMU (Anvers), au Brakke Grond et au Framer Framed (Amsterdam) ou à l’International Centre for the Image (Dublin).

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On the fence #1 - 2025

Sur un tapis persan ancien aux motifs floraux, des silhouettes dorées apparaissent, comme suspendues entre apparition et effacement. Ces figures, réalisées à la feuille d’or, sont issues de photographies de manifestants prises à la frontière de Ceuta, lors de manifestations contre les conditions imposées aux personnes migrantes. Azzedine Saleck extrait ces corps de leur contexte d’origine : disparaissent le mur, les barbelés, la violence frontale. Ne subsistent que les gestes, la posture collective, la dignité muette de ces personnes assises sur le mur.


Azzedine Saleck (né en 1987) est un poète et artiste pluridisciplinaire américano-mauritanien, installé entre Paris et Nouakchott. À travers la poésie, la vidéo, la performance et l’installation, il explore les questions de frontières, de migration et de mémoire. Son travail associe récit poétique, images et sons pour créer des expériences immersives et sensibles. Sa recherche se déploie dans différentes régions frontalières à travers le monde, tissant des récits personnels avec des matériaux visuels et sonores afin de proposer une lecture des notions de séparation et de lien. Azzedine Saleck a exposé à la Fondation Gulbenkian à Paris, au Confort Moderne à Poitiers, à la galerie Southard Reid à Londres et à l’espace artistique Treize à Paris, à la Villa Arson à Nice et au Centre Pompidou à Paris. Son travail est publié dans Talismans, The desert between us is only Sand, Gulbenkian Foundation, 2018, Year, 2014, Alter Zombie, 2015.

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Collectif La « S » Cabane Radiophonique - Table
&
Jean Leclercq, Anaïd Ferté Drapeaux pirates - Fanions - Mobiliers : chaises et table
2026

En septembre 2026, le collectif La “S” Grand Atelier investit la cour du Centre Wallonie-Bruxelles|Paris pour le festival Archipel. Iels y installent une cabane en textile, qui abrite les séances d’enregistrement et de diffusion de la radio pirate du projet Salé. À la faveur du festival Archipel, outre l’exposition ASILE, EXODUS & FUGA, se déploie aussi le projet Salé. Celui-ci se veut une Radio pirate externationale et est porté par des écoles supérieures d’art et centres d’art émanant du Maroc, d’Égypte, du Liban, de Belgique et des partenaires la Villa Médicis à Rome et l’Institut Français de Palerme.
Pavillon noir et libre, radeau éphémère et imaginaire, cette tente brodée mêle les travaux peints, dessinés, cousus et gravés de plusieurs artistes des ateliers.
Fabriquée à Vielsalm, en Belgique, dans les ateliers de la “S”, cette tente a pris forme lentement, bout par bout, façonnée par le passage entre les mains des un·e·s et des autres dans l’intimité et le quotidien des ateliers. Elle a vogué ensuite hors de son territoire pour venir s’amarrer dans le centre de la capitale française. Elle y devient refuge pour un nouveau collectif qui va porter des sons et des paroles à travers les murs au moyen des ondes radio.
L’esprit de la piraterie règne encore sur la caserne de Rencheux à Vielsalm où se trouvent les ateliers. Les artistes de la “S” y font régulièrement référence, de Pirates des Caraïbes aux tatouages en passant par les bandes dessinées. Cet abri éphémère, nourri d’imaginaires pluriels, affronte sans peur le soleil, le vent, ou même la pluie qui s’abattent sur lui.
30m2 de toile brodée pour cartographier de nouvelles voies de navigation. La micro-cité évoque l’espoir d’une nouvelle ville et le cœur plein d’ardeur des pirates, à la vie, à la mort, dans un monde où la culture et le soin sont sans cesse assiégés. Les artistes de La « S » prennent leurs armes faites de crayons et d’aiguilles, pour défendre les ondes de la liberté.

Sur l’invitation du Centre Wallonie-Bruxelles, un collectif éphémère s’est constitué à La « S » Grand Atelier, avec des artistes fréquentant quotidiennement les ateliers sous la houlette de trois artistes-facilitatrices Anaïd Ferté, Aurélie Mazaudier et Anaïs Schram, les 3A.

Ont participé à la construction et à la réalisation de l’installation :
Sarah Albert, Jean-Michel Bansart, Marie Bodson, Robin Cool, Laura Delvaux, Anaïd Ferté, Jérémy Fransolet, Jean Leclercq, Aurélie Mazaudier, Mathice Lejeune, Irène Gérard, Pascal Leyder, Jonathan Maréchal, Barbara Massart, Priska Nols, Marcel Schmitz, Anaïs Schram, Christian Vansteenput, Florent Talbot.
La collaboration entre artistes est basée sur le désir de créer et pratiquer ensemble.
La structure-cabane et l’installation ont été conçues par les trois 3A.


La « S » Grand Atelier est un centre d’art brut et contemporain situé à Vielsalm en Ardenne Belge, reconnu pour la défense de ses artistes porteur·euse·s d’une déficience mentale. Son label « centre d’art brut & contemporain » est inédit en Belgique et recouvre les spécificités de ce lieu hors normes dans le paysage artistique belge.
La « S » Grand Atelier considère que chaque artiste, en situation de handicap mental ou non, peut apporter une plus-value à la création contemporaine, à la culture et à la société. En mettant l’accent sur l’expérimentation artistique, la collaboration, le dialogue et la mixité sociale, La “S” Grand Atelier crée un environnement où les talents peuvent s’épanouir librement, où les assignations (handicap v/s non-handicap) ne sont plus opérantes. Depuis sa création, la “S” n’a cessé de se renouveler et de questionner les codes de l’Art brut.
C’est dans cette dynamique que La « S » Grand Atelier s’est toujours appliquée à collaborer avec les structures de l’art brut comme avec celles de l’art contemporain, du milieu de la narration graphique et de la sérigraphie (Knock Outsider/Frémok, Le Dernier Cri), d’institutions muséales (MIAM à Sète, BPS22 à Charleroi) et du spectacle vivant (Britney Bitch). Ces projets de mixité, qui ne se limitent pas au seul champ de l’art brut, participent à sortir de l’isolement les pratiques des personnes en situation de handicap mental et à faire valoir leurs paroles et leurs imaginaires.

Site de la « S » Grand Atelier

Le Chant du Bitume - 2024

À l’ère de la décarbonisation, quelles sont les populations qui souffrent du manque de mobilité des grandes métropoles ? Abordant la tension entre la promesse de mobilité offerte par les infrastructures urbaines et la réalité d’une périphérie souvent laissée à l’écart, cette installation, constituée de pneus recyclés, symboles de mouvement et d’industrie, est cependant figée dans une immobilité silencieuse, où seuls quelques échos lointains du bruit périphérique peuvent parfois se faire entendre. Les plantes qui émergent des interstices de cette structure rappellent les parcours des migrant·e·s qui, comme ces espèces, sont souvent déplacé·e·s et intégré·e·s dans de nouveaux environnements, soulignant les dynamiques d’adaptation dans les espaces urbains.
L’œuvre fait écho aux problématiques des banlieues parisiennes, où la mobilité est à la fois un rêve et un obstacle. Les pneus, habituellement en mouvement, deviennent ici des barricades, empêchant le souffle du changement. Le Chant du Bitume explore cette tension entre centres urbains et périphéries. À travers une réflexion poétique et sociale, le projet interroge les frontières, visibles et invisibles, qui fragmentent nos territoires et nos vécus.

Une performance éponyme aura lieu le soir du vernissage activant la tour, accompagnée par trois interprètes : Adeola, Gitroïna Isaac et Julie Rilos.


Daniel Nicolaevsky est un artiste transdisciplinaire carioca dont la pratique opère à l’intersection de la peinture, du mouvement et de l’installation. Diplômé des Beaux-Arts de Paris (ateliers Claude Closky et Emmanuelle Huynh), il développe une recherche ancrée dans l’épuisement et la réinvention des formes, où le médium n’est jamais une fin mais un territoire de passage.
Sa démarche articule les enjeux de justice sociale et de préservation de la biodiversité à travers une relecture des mythes, qu’ils soient historiques ou fictionnels. En plaçant le corps et le geste au cœur de la matière, il construit des narrations habitées par les processus de transformation et de survie. Son travail sur les « objets en fin de vie » (qu’il collecte, réactive et charge d’une nouvelle puissance symbolique) interroge la mémoire, l’attachement et la persistance du vivant dans les marges.

La pluridisciplinarité de son œuvre se manifeste par une hybridation constante entre photographie, danse et projets multimédias, associant le son à l’image en mouvement. Cette approche s’étend au commissariat d’exposition, conçu comme un espace de collaboration où musicien·ne·s, théoricien·ne·s et danseur·euse·s dissolvent les frontières disciplinaires pour investir des lieux de transformation sociale et imaginaire.

Ancien résident de la Fondation Fiminco et lauréat du Prix des Amis des Beaux-Arts de Paris, son travail a notamment été présenté au Palais de la Porte Dorée (Festival L’Envers du Décor #8), au Centre Tignous d’Art Contemporain et au Théâtre de la Concorde. Ses œuvres ont intégré des collections de prestige telles que le Fonds municipal d’art contemporain de Montreuil, la Collection SG, La Fab. Agnès b., le FRAC des Pays de la Loire et la Collection de la Seine-Saint-Denis.

Depuis 2024, il assure la direction créative de l’Expo Favela Innovation Paris, un salon d’entrepreneuriat artistique et culturel porté par la CUFA France, dédié à l’émancipation des communautés marginalisées.

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Exuvie - 2025

Exuvie est une sculpture ovoïde translucide en PVC, suspendue à des câbles d’acier, flottant dans un état de suspension, entre inertie et tension. Maintenu en équilibre, ce cocon, aux allures à la fois d’armure et de bourgeon, se présente comme une forme liminale : à la fois incubateur et membrane, contenant et seuil, conservant la trace d’une mémoire organique fictive.
Sa surface stratifiée laisse transparaître un réseau interne de veines qui en révèle l’ambivalence : à la fois vulnérable et prêt à se défendre. Ces tubes en PVC médicaux évoquent une structure en cours de formation, une sorte de cartographie sensible où circulent flux et potentiels de mutation. La sculpture semble ainsi traversée par une énergie latente, comme si quelque chose était sur le point d’émerger, ou au contraire de se résorber.
Affublée d’excroissances métalliques, la sculpture arbore des piques qui tiennent lieu d’ornement autant que d’armes potentielles. Ces appendices prolongent la surface, la hérissent, inscrivant la pièce dans une logique de défense active. À la frontière entre parure et dispositif de protection, ils participent d’une esthétique où la menace et le soin coexistent dans un même élan : un refuge.
Suspendue dans l’espace, Exuvie ne se contente pas d’être regardée : elle impose une relation physique au spectateur·rice, qui en perçoit les lignes de force et les fragilités. Elle apparaît ainsi comme un organisme en devenir, une enveloppe transitoire, où se rejouent des dynamiques de transformation, de protection et de métamorphose, dans un équilibre instable entre exposition et préservation.


Né en 1988 à La Rochelle en France, Floryan Varennes a exposé à l’international : au Hongti Art Center (KR), à la Xxijra Hii à Londres (UK), NADA - New York (US), à la Galerie du Monde à Hong Kong (HK) et à la Galerie Polansky à Prague (CZ). Il a aussi présenté son travail en France, notamment au Musée du Louvre-Lens, au Musée des Abattoirs de Toulouse, à la Maison des Arts Georges et Claude Pompidou à Cajarc.
Il a réalisé plusieurs résidences : la Villa Busan avec l’Institut Français (KR), la Cité internationale des arts x ADAGP (FR), Est-Nord-Est (CA), la Synagogue de Delme à Lindre-Basse (FR), La Ferme-Asile à Sion (CH), la Maison Daura de la MAGCP (FR). En 2021, Floryan Varennes a été lauréat du dispositif de résidences « Artiste en Entreprise » du Ministère de la Culture français au Musée des Métiers du Cuir à Graulhet (FR). Il est aussi lauréat des bourses de La Fondation des Artistes, de l’ADAGP et de l’Institut Français.

Ses recherches ont été publiées dans plusieurs revues, parmi lesquelles Artpress (FR), Beaux-Arts (FR), Manifesto XXI (FR), XIBT (IT), Queer Circle (UK), ART Das Kunstmagazin (DE), Art and Piece (HK), Numéro Art (FR), Le Quotidien de l’Art (FR), Art Viewers (UK) et Revue 02 (FR).

Depuis 2022, il a intégré les collections nationales du FRAC Occitanie, du FRAC Alsace, et du FRAC Poitou-Charentes, ainsi que du Goeun Museum de Busan (KR) et de la Sunpride Foundation de Hong Kong (HK).

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The Sea is Mine… - 2023
L’installation The Sea is Mine… est composée de trois canaux vidéo synchronisés. Elle présente une proposition plastique autour de l’exil, de la dépossession et de disparition.
L’œuvre refuse le récit linéaire pour dresser le constat d’une fracture à la fois émotionnelle et territoriale au cœur de l’archipel de Kerkennah.
À l’écran central, un drapeau tunisien, déchiré en deux flottes, égaré dans la monotonie bleue du ciel. Ce symbole mutilé opère comme l’indice d’une rupture systémique : le marqueur d’un exil qui s’ouvre d’abord par un déchirement intime. De part et d’autre, sur les écrans latéraux, deux pêcheurs se font face dans un silence opaque. Leurs silhouettes sont volontairement maintenues dans le flou, tandis que la netteté de l’image se focalise exclusivement sur la mer, au fond. Ce dispositif impose une tension : l’humain s’efface devant l’immensité d’une eau qui a cessé d’être nourricière pour devenir le vecteur d’une désertification maritime et d’une perte collective. La mise au point sur l’horizon désigne indirectement ce qui prend la vie des habitant·e·s et érode, en silence, le tissu social de l’île.
Loin de toute dramatisation visuelle, l’œuvre s’articule comme une topologie de l’absence.
L’installation devient une zone liminale, une ligne de rupture qui force le·la spectateur·ice à décoder ce que la surface plane des vagues dissimule : la réalité sombre et hautement politique des bleus profonds.

Dans les bras de Circé - 2024
Film diffusé en boucle en cinéma lors du vernissage
Filmé au cœur de l’archipel tunisien de Kerkennah, le film Dans les bras de Circé appréhende l’espace maritime non pas comme un horizon immuable, mais comme le théâtre d’un sursis à la fois écologique et géopolitique. Cette œuvre vidéo condense des années de recherche documentaire et de collectes mémorielles pour saisir le point de rupture exact où un équilibre millénaire s’effondre sous la pression contemporaine.
Si la lumière du jour dissimule la violence des extractions gazières, du chalutage industriel et de l’inexorable montée des eaux, la nuit, elle, agit comme un révélateur politique. C’est dans cette pénombre, gouvernée par le calendrier lunaire, que la caméra consigne le croisement clandestin de deux gestes de survie : celui des pêcheurs artisanaux naviguant parmi les ruines d’un écosystème dévasté, et celui des exilés dont le regard dévore l’obscurité en direction de Lampedusa. Les épaves des embarcations de fortune deviennent ici les derniers récifs d’une mer dépossédée.
En rappelant le nom antique de l’île, Cercina, baptisée en référence au mythe et à la figure de Circé et ses métamorphoses, l’œuvre déplace le constat documentaire vers la tragédie contemporaine.
À travers un montage immersif et une architecture sonore organique, la vidéo déploie une « archéologie de l’invisible ». En refusant le spectaculaire, elle revendique un droit à l’opacité face à une nature violée par les structures de pouvoir. Dans cet espace liminal entre apparition et effacement, la nuit est érigée en ultime bien commun : un sanctuaire poétique où la vulnérabilité s’élève en acte de résistance.


Ghassen Chraïfa (né en 1993) est un artiste visuel, cinéaste et architecte tunisien installé entre Paris et Tunis. Diplômé de l’ENAU de Tunis et titulaire d’un Master en Architecture et Scénographie de l’ENSA Paris-Belleville, sa pratique transdisciplinaire fait converger le film, la photographie et l’installation pour sonder les mutations écologiques, les réalités
migratoires et les structures de pouvoir contemporaines.
Son travail a fait l’objet d’expositions au sein d’institutions et de biennales internationales,
notamment à la Fondation Art Explora lors de la 60e Biennale de Venise (2024), au Kunstraum Kreuzberg/Bethanien à Berlin (2025), à The Plumb Art Gallery et au Toronto Arab Film Festival (Canada). En Tunisie, ses œuvres ont été présentées au festival Dream City (L’Art Rue), à la Station B7L9 (Fondation Kamel Lazaar) lors de JAOU Photo 2022, ainsi qu’au K-off de GCFen.
Actif au sein de plusieurs résidences de recherche et de création, notamment à L’Atelier (Galerie Selma Feriani) et à la K Residence (Gabès), ses projets ont reçu les bourses de création Tfanen (2022) et Al Mawred Al Thaqafy (2023) pour sa recherche en cours Raw : The Duality of the Missing Donor. Ses œuvres font aujourd’hui partie de collections privées.
Parallèlement, il déploie une activité de scénographe pour l’art contemporain et collabore au sein des équipes artistiques du cinéma d’auteur. En 2025, il signe la scénographie des expositions phares du festival Dream City (Made with your Magic et Laaroussa Fragments).
Au cinéma, son engagement au sein des équipes de direction artistique et de création
s’illustre dans des longs-métrages sélectionnés dans des festivals majeurs.

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Embrassement d’un embrasement - 2020 / 2026

Créée en 2020 pour une exposition à Bruxelles des lauréat·es de HISK (Hoger Instituut voor Schone Kunsten - Institut d’études supérieures pour les arts visuels, Gand), l’installation de Hanane El Farissi dispose au sol une surface de verres brisés couvrant des feuilles de papier imbibées d’un lavis.
Comme une eau scintillante vibrant sur un fond vaseux, une mer d’opale sur une nappe d’ombres. La sensation attendue est celle de l’attrait, de l’émerveillement. Mêlés à l’appréhension, étant donné le tranchant du verre. Le public est invité à déambuler sur l’installation. Il connaîtra une expérience visuelle, tactile mais encore sonore, enrichissant l’espace de bruits de craquements et de fêlures.
Sur la cimaise, partie intégrante de l’installation, Hanane El Farissi a disposé un accrochage de cadres et de pans de papier. Les uns prolongent ou annoncent les effets mouvants du lavis posé au sol. Les autres accueillent des dessins au trait bleu. Inspirés d’images de guerre, ils donnent à voir les processus de délabrement, de décomposition, d’émiettement et d’exode que provoquent ces violences.
D’autres dessins, plus intimes, liés à l’observation d’environnements de travail et de vie ou à l’histoire de l’art, font écho aux mêmes processus, hors du champ de la guerre et de l’image d’actualité.
Laurent Courtens

Laurent Courtens a été curateur de l’exposition Haute Nuit où l’installation Embrassement
d’un embrasement a été exposée
une seconde fois à l’ISELP en 2026


Née en 1990 au Maroc, Hanane El Farissi vit et travaille entre Rabat et Bruxelles. Artiste pluridisciplinaire, elle est diplômée de l’Institut national des beaux-arts de Tétouan (Maroc) en 2013. Elle a obtenu un master en sculpture contemporaine à La Cambre (ENSAV) à Bruxelles en 2017 et a suivi le programme post-diplôme du HISK à Gand (Belgique) en 2020.

La pratique de Hanane El Farissi s’apparente à une exploration sans fin. S’inspirant des détails les plus ordinaires qui nous entourent, l’artiste y décèle des traces de violence humaine. Cette recherche, ancrée dans le quotidien mais également influencée par l’histoire de l’art, vise à révéler notre identité et notre passé. Elle s’opère par la distorsion d’objets existants, donnant naissance à des œuvres hybrides aux significations multiples. Ainsi, ces créations véhiculent une histoire — à la fois contemporaine et historique — tout en instillant une certaine ambiguïté. Cette ambivalence dans le travail d’El Farissi met en lumière des contradictions, nous invitant à réfléchir sur nos sociétés.

Elle a reçu le prix Rotary Club Milano Brera pour l’art contemporain et les jeunes artistes lors de la foire MiART (avec la MLF Galerie) à Milan, en Italie, en 2021.

Les œuvres de Hanane El Farissi figurent dans les collections de l’IKOB (Musée d’art contemporain, Eupen), du SMAK (Musée municipal d’art contemporain, Gand), du Mu.ZEE (Musée d’art moderne, Ostende) et du M HKA (Musée d’art contemporain, Anvers), ainsi que dans diverses collections privées.

Hanane El Farissi vit et travaille entre Rabat et Bruxelles.

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The Stone Opera - 2022-2026

Comment regarder le paysage et comment le raconter ? The Stone Opera tente une réponse dans la continuité d’Interstices. Œuvre plurielle, composée comme une pièce musicale, un essai visuel et un documentaire sonore, elle adopte une démarche géopoétique au sens de Kenneth White : accueillir le paysage autant qu’être accueilli par lui. Depuis les hauteurs de Redeyef, la caméra se concentre sur la montagne et ses formes de vie, tandis que les voix de Sakend, Taher, Farouk et Montassar racontent les mythes, les pierres et les chercheurs de trésor.
Les témoignages, greffés aux images, agissent comme des marqueurs temporels et sonores qui territorialisent l’œuvre. D’un récit à l’autre, on passe de l’immémorial de la nature au présent des hommes, dans une région où le phosphate est aussi vital que l’eau. Les plans fixes ne traduisent pas l’immobilité, mais révèlent une dynamique latente, une résistance au figement.
Les interventions graphiques dessinent une architecture de l’effondrement, suggérant l’épuisement des ressources sans imposer de lecture. À ces tracés, répondent des sonorités électroniques mêlées aux voix et aux bruits du paysage. Le dernier plan, large, montre Redeyef sans y pénétrer, tandis que la musique d’El Hadhra remplace l’électronique, révélant un mouvement centripète, de la nature vers les hommes, et l’intrication du primitif et du moderne.
Fatma Belhedi


Haythem Zakaria, né en 1983 à Tunis, est un artiste transdisciplinaire et performeur sonore basé entre Paris et Tunis. Son œuvre explore les zones de rencontre entre perception, mémoire et spiritualité, à travers des dispositifs mêlant image, son et matière. Imprégnée de cosmogonie et de pensée soufie, sa pratique articule recherche esthétique et démarche épistémologique, où la création devient un mode d’exploration du réel et de ses dimensions invisibles. Lauréat du Grand Prix du Japan Media Arts Festival pour son œuvre Interstices, il poursuit une recherche autour des notions d’archéologie spéculative, de paysages rituels et de topos mythiques, notamment à travers le projet Axis Mundi.
Il a présenté ses travaux dans de nombreux contextes internationaux, parmi lesquels documenta fifteen à Kassel, la Biennale de Venise, le Goodman Gallery à Johannesburg, le Württembergischer Kunstverein à Stuttgart, le Kunstraum Kreuzberg/Bethanien à Berlin, Telematic Media Arts à San Francisco, La Boîte à Tunis, l’Institut des Cultures d’Islam à Paris, la London Design Biennale à Somerset House, Diriyah Art Futures à Riyad ainsi que les Rencontres Internationales Paris/Berlin à l’IMA à Paris. Il a également collaboré au film The Last of Us d’Ala Eddine Slim, récompensé du Lion du Futur à la Mostra de Venise en 2017.

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Enter Corridors - 2025

Prenant Beyrouth et La Ciotat comme deux villes portuaires situées aux antipodes des migrations, Enter Corridors adopte une approche multiscalaire de l’espace et du temps, en s’intéressant particulièrement à la correspondance entre le microscopique et le macroscopique à travers un passé lointain, un présent urgent et des futurs hypothétiques. Quelles formes de connectivités biologiques, géographiques, historiques et politiques existent déjà ? Lesquelles seront mises en lumière et lesquelles restent à imaginer ?


Lara Tabet est médecin et artiste transdisciplinaire travaillant à l’intersection de l’art, de l’écologie, des sciences biomédicales et de la politique. Elle travaille dans de multiples formats, notamment la photographie expérimentale, l’installation, la vidéo et l’art biographique. Ses travaux récents mêlent recherche, science, fiction et autobiographie en lien avec l’eau, la toxicité et les enchevêtrements multiples entre les échanges microscopiques et le flux global. En 2012, après avoir terminé sa spécialisation en pathologie clinique à l’Université américaine de Beyrouth, Tabet est diplômée de l’ International Center of Photography de New York et a reçu la bourse Lisette Model. Son travail a été présenté dans tout le monde arabe, aux États-Unis et en Europe. Tabet a reçu des subventions de l’AFAC (Fonds arabe pour l’art et la culture) et d’Al-Mawred Al Thaqafi ; elle a reçu la bourse Arte East en 2016 et le Sursock Museum Prize en 2018. Elle a été artiste en résidence au Musée Nicéphore Niepce, à la Cité internationale des arts à Paris, au Centre National de Biotechnologie à Madrid, à La Becque en Suisse, sur le bateau scientifique Tara dans le cadre de leur mission microbiome et au programme de bourses centrales de la Fondation Camargo. En 2022, elle a reçu le prix de mentorat Prince Claus pour sa réponse culturelle et artistique au changement environnemental. Tabet a enseigné la photographie à l’Université américaine de Beyrouth et à l’International Summer Academy de Salzbourg. Elle travaille avec Randa Mirza sous le duo Jeanne et Moreau. Iels s’appuient sur leur banque d’images commune, traitée comme une archive en temps réel qui accompagne la trajectoire de leur couple et constitue la matière première pour une installation audiovisuelle interrogeant leur relation avec le médium photographique ainsi que les contextes de production, de transmission, de partage et de réception d’images en période de crises multiples.
Lara Tabet vit actuellement à Marseille.

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Traces de murs qui se tissent - 2022

Traces de murs qui se tissent est l’ossature d’un foyer imaginaire. Ici on détourne la fonction habituelle de l’abri : la structure ne protège d’aucun élément et n’abrite pas des regards extérieurs. C’est un habitacle ouvert et poreux qui communique constamment avec l’environnement qui l’entoure, le territoire au sein duquel on le déploie.
L’installation est composée d’éléments texturés, glanés.
De la toile de jute surplombe l’ensemble en guise de toit. En dessous, une tapisserie horizontale de tissus rapiécés — mesurant 75 centimètres de largeur sur 2 mètres de longueur — court tout le long de la forme comme une maçonnerie circulaire. Ici, la tapisserie fonde le bâti, les cordes les fondations, les fils de chaîne la structure.
Dans cet espace, la pesanteur joue des tours. Selon les lieux où elle est installée, l’œuvre s’adapte : le mur tapissé peut être posé à même le sol ou bien il peut être surélevé, suspendu à vingt centimètres de la terre. Dans tous les cas, la solidité ne vient jamais du bas, mais des hauteurs. Ce sont les fils tendus de façon oblique qui relient la trace de mur au plafond, maintenant le tout par un système d’attaches aériennes.
Par leur multiplicité et leurs directions variées, ces lignes créent une véritable partition visuelle et spatiale, un rythme presque sonore qui semble pouvoir s’animer quand on les regarde et les contourne. Les couleurs pleines et chaudes signifient le foyer, évoquant ce qui enveloppe et réchauffe, à la manière d’un habit en cours de confection.
Présentée à demi plongée dans le noir, l’installation dédouble sa géographie : l’ombre projetée des fils sur les murs semble alors faire résonner les graves de cette architecture hors-sol.


Après un cursus initial en Humanités et Arts du spectacle à Paris (littérature, philosophie, grec ancien, histoire, cinéma et théâtre), elle intègre l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles (ArBA-ESA). Elle y déploie sa pratique durant cinq années au sein de l’atelier Art dans l’Espace Public, dont elle sort lauréate en 2024. En parallèle, elle valide une licence en ethnologie et entame un master à l’ULB par lequel elle développe une recherche sur la transmission des imaginaires familiaux et les différentes manières qu’ont les artistes de s’en saisir pour produire.
Cette sensibilité à l’autre et au territoire s’est forgée sur la route, lors d’une itinérance de deux ans en Australie, en Inde, en Indonésie, et aux Philippines. Qu’il s’agisse de travailler dans des fermes australiennes ou de réaliser une fresque en Inde, l’expérience du bivouac et du déplacement façonne son rapport à l’éphémère et à la construction du foyer.
Le rythme et l’écoute traversent également sa pratique. Formée au piano et aux percussions dès l’enfance, elle explore les textures du son à travers la création radiophonique, l’animation et l’enseignement de la musique.
Cette attention portée aux récits et aux trajectoires se traduit aussi par le biais de l’image et du son. En janvier 2024, elle co-réalise le film documentaire À la lumière du jour, diffusé lors du festival Brussels Videonline de la Centrale, centré sur le parcours d’un peintre bruxellois et guinéen travaillant dans les rues du quartier Saint-Jacques.
Son travail plastique et sonore a notamment été présenté lors d’expositions collectives (au Vanderborght, au Poelp, à l’Imprimerie et chez Young European Artists), ainsi qu’à l’occasion d’un projet monographique (chez Tabou) à Bruxelles, mais aussi en Wallonie à Mons (chez Rhizome).

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Oblivion (Water) - 2019–2026

Oblivion (Water) est une oeuvre évolutive, qui s’étend sur toute la durée de l’exposition. C’est la durée idéale pour faire macérer des eaux-de-vie luxembourgeoises et portugaises avec du jujube coréen et les transformer en placebo. Entre le rituel d’ouverture (jour du début de la macération) et le rituel de fin (jour de dégustation), l’espace d’exposition est le lieu d’un processus où l’oeuvre se construit, se fait et se transforme.
Dans L’Odyssée d’Homère, Ulysse arrive sur l’île des Lotophages (aujourd’hui l’île de Djerba en Tunisie), celle des « mangeurs de lotos » qui se nourrissent de la fleur de lotos, « qui avait le pouvoir de donner l’oubli ». Elle symbolise un danger particulier qui pèse sur tous les explorateurs : celui d’un « accueil si bienveillant », d’une terre si hospitalière qu’elle prive les marins de l’envie de retour. Dès qu’ils en mangent, tout désir de retour s’évanouit. Selon des chercheurs, le jujube (probablement originaire d’Asie et apparu en Afrique il y a déjà plus de 4 000 ans) pourrait être assimilé au fruit de l’oubli.
L’artiste part d’abord à sa recherche à Djerba et, comme il n’en trouve pas (hors saison), décide ensuite de tenter sa chance en Corée, grand pays cultivateur de jujube et pays d’origine de sa compagne.
Dans Oblivion (Water), Marco Godinho commence par déconstruire sa propre identité (luso-luxembourgeoise) et propose à tous ceux qui goûteront au liquide de s’ouvrir davantage à l’autre et d’oublier tous les sectarismes identitaires et nationalistes. S’ouvrir à ce qui est étranger, au monde, pour « réclamer le droit à l’opacité », comme le dit Édouard Glissant, pour qui « la seule manière de combattre la mondialisation, ce n’est pas de se renfermer sur soi, ni dans sa propre condition, mais d’établir des relations avec l’autre. Cela, c’est une dimension réelle de l’utopie ».
Les bonbonnes en verre soufflé dans lesquelles macère le liquide de l’oubli sont une tentative de matérialiser la forme du souffle du verrier. Les formes irrégulières, organiques, se ressemblent toutes mais ont chacune leur identité propre.
Suspendue derrière un miroir sans tain, la bonbonne placée à l’intérieur du dispositif scénographique est visible parfois entre le reflet du miroir et sa transparence, pour devenir un mirage de nos propres désirs.

Marco Godinho présente également les oeuvres Oblivion (Colour), Left to Their Own Fate (Odyssey), Disappear Disappear Again, La Mer Le Vent Le vent La mer Le Sud Encore Le temps Encore Encore Le vent (…) et From Gesture to Gesture (A Drift of Sand).
Avec le soutien de la Maison du Grand-Duché de Luxembourg à Paris.


Né en 1978 à Salvaterra de Magos (Portugal), Marco Godinho vit et travaille entre le Luxembourg et Paris (France).
En 2019, il représente le Luxembourg à la Biennale de Venise et participe à la Biennale de Lyon en 2017. Fin 2023, il fonde au Luxembourg la maison d’édition indépendante LUAR EDITIONS.
Son travail a fait l’objet de nombreuses expositions personnelles, notamment aux Tanneries, Amilly (2023–2024) ; au Parvis, Tarbes (2019) ; à la Fonderie Darling, Montréal (2018) ; au MAMAC, Nice (2016) ; au MNAC, Lisbonne (2015) ; au Centre d’art Nei Liicht, Dudelange (2015) ; au Museo Universitario Universidad de Antioquia, Medellín (2013) ; à Faux Mouvement, Metz (2013) ; au Casino Luxembourg (2016, 2013) ; au Neuer Kunstverein Aschaffenburg (2012) ainsi qu’à la Galerie Hervé Bize, Nancy (2016, 2012, 2009, 2007).
Il a également participé à de nombreuses expositions collectives, parmi lesquelles le Louvre-Lens (2024–2025) ; le Musée de l’Homme, Paris (2024) ; la Biennale de Melle (2024, 2022) ; le Museo Fortuny, Venise (2023–2024) ; la Fondation CAB, Bruxelles (2023) ; la Gallerie delle Prigioni, Trévise (2022) ; le Mudam, Luxembourg (2022–2021, 2019, 2015, 2014, 2011, 2007) ; la Friche La Belle de Mai, Marseille (2021) ; le Grimmuseum, Berlin (2021) ; la Fondation Boghossian, Bruxelles (2020) ; Les Abattoirs, Toulouse (2019) ; TheCube & VT Artsalon, Taipei (2018) ; le Magasin des Horizons, Grenoble (2018) ; le CCK – Centro Cultural Kirchner, Buenos Aires (2018) ; l’Institut Français de Saint-Louis – Biennale de Dakar (2018) ; le MAC VAL, Vitry-sur-Seine (2017) ; ARGOS, Bruxelles (2017) ; le Centre Pompidou & Frac Lorraine, Metz (2013) ; la Fondation Berardo, Lisbonne (2011) ; le Musée du Quai Branly, Paris (2011) ; les Rencontres d’Arles (2010) ; le Domaine Pommery, Reims (2008), entre autres.

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El sueño de la mariposa (Le rêve du papillon) - 2026

Ce titre fait directement référence à une danse autochtone de ma région de Chuquisaca, en Bolivie, connue sous le nom de « La Libertia », qui a nourri plusieurs de mes projets de recherche artistique. La figure du papillon renvoie à un sentiment de liberté et d’élévation. Et également originellement à celle du guerrier qui s’émancipe de l’affront de la domination espagnole. Cette installation en aluminium plié questionne la permanence des traditions des territoires andins, où les processus de transmission et d’effacement traversent les cultures. Les sculptures métalliques agissent comme des parois qui redessinent la déambulation du visiteur et matérialisent les frontières, les ruptures et les passages qui façonnent la mémoire collective. À la fois obstacles et refuges, elles séparent, protègent et relient.


Maria Saygua André (1996, Bolivie) est une artiste pluridisciplinaire franco-bolivienne basée à Bruxelles. Diplômée de l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles, elle a présenté son travail dans de nombreuses expositions, notamment à Bozar (Bruxelles, BE), Kunsthal Gent (Gand, BE), The Constant Now x S.M.A.K Museum (Anvers, BE), à la Biennale Contextile (Guimarães, PT) et au Royal Over-Seas League (Londres, UK).
Elle a effectué plusieurs résidences artistiques, notamment au TextielMuseum (Tilburg, NL), à Espronceda Institute of Art & Culture x Art Nou (Barcelone, ES), à la Fondation Carrefour des Arts (Bruxelles, BE) et plus récemment à KULT XL (Ixelles, BE), où elle est actuellement en résidence. Elle a reçu plusieurs distinctions, dont le Prix SOFAM, qui soutient ses recherches en cours autour de l’installation performative.
Engagée dans la création de liens sociaux à travers l’art, elle participe également à de nombreux projets artistiques et socioculturels sous forme d’ateliers, de conférences et d’activités en Belgique et en Bolivie.

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X - 2023
La sculpture X présente une copie modelée en argile d’un ancien objet funéraire punique en forme de masque (conservé dans les collections du Musée national du Bardo à Tunis), revêtu d’un hoodie, ce sweat à capuche que l’on peut rabattre pour se protéger des intempéries ou dissimuler son visage. Hommage à In the Hood (1993) de David Hammons, l’œuvre met en résonance le racisme structurel subi par les hommes noirs aux États-Unis avec ceux que connaissent les exilés du continent africain en Europe. Le visage punique esquisse un sourire troublant sous la capuche, évoquant les mouvements de populations à travers les millénaires. Dans « Hammons », il y a aussi le dieu « Ammon ».

Frictions No I - 2025
La série Frictions est un assemblage de « masques » africains et de sculptures gréco-romaines, créant des figures à la fois hybrides et amorphes, et dans le même temps des physionomies étrangement familières. De ces rencontres, naissent des variations dissonantes, des frictions, qui mettent en tension des régimes de classification hérités : sculptures blanches, masques noirs — les premières rangées dans les musées archéologiques, les seconds relégués dans les collections ethnographiques. Les coupes franches dans le bois ou le plâtre renforcent l’impression d’un accord forcé, discordant. Pourtant, des continuités apparaissent : les traits se prolongent d’un fragment à l’autre, se répondent, parfois se confondent, brouillant les registres culturels qui érigent certains en modèles et relèguent d’autres au rang d’« art naïf ».

ꓤÒԀS - 2023
La sculpture ꓤÒԀS est une reproduction de l’étendard figurant sur la statue du général carthaginois Hannibal au Musée du Louvre. L’emblématique inscription « SPQR » (Senatus Populusque Romanus), représentant le Sénat et le Peuple de Rome, y est délibérément inversée, Hannibal tenant l’étendard tête-bêche. Ce renversement opère comme un outil critique, engageant une interrogation nécessaire sur l’Empire romain et les processus de colonisation.

Calchi facciale - 2023
Dans la sculpture Calchi facciale, Jean-Baptiste Colbert, un acteur clé de l’établissement du Code noir qui a défini les conditions de l’esclavage dans l’empire colonial français, porte un visage anthropologique. L’œuvre fait ici référence aux justifications de l’expropriation coloniale établies par l’invention des « sciences raciales » en Europe, parallèlement à l’affirmation d’une généalogie remontant à l’Antiquité grecque et romaine dans le développement de l’humanisme européen - qui dissimulait sous son idéologie d’universalisme la réalité de l’exclusion de la majeure partie de l’humanité de ses protections et de ses droits.


Nidhal Chamekh (né en 1985 à Dahmani, Tunisie) vit et travaille à Paris. Artiste plasticien, il est diplômé de l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Tunis et de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Son travail interroge la fabrique des images et élabore un langage artistique fragmentaire, où l’histoire se recompose à partir d’archives et de documents visuels oubliés. Ses œuvres se présentent comme des fouilles dans ce qui forge notre identité contemporaine, à la croisée du biographique et du politique. Le dessin occupe une place centrale dans sa pratique : qu’il s’agisse de dessins, de sculptures ou d’installations, ses créations conservent un rapport organique au trait, dans leurs fragilités, leurs hésitations et leurs précisions.
Ses œuvres ont été exposées à la Biennale de Venise, la Triennale d’Aïchi, la Biennale de Yinchuan, la Biennale de Dakar et montrées à Tunis durant les expositions du collectif Politics, à Paris à l’Institut du Monde Arabe et à Drawing Now, en Italie au FM Centre d’art contemporain de Milan, à Londres à la foire 1 :54, à Art Basel et au Musée Hood.

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Derrière les feux de la rampe - 2026
Nouvelle création

Cette installation se compose de trois rideaux distincts réalisés en sequins noirs et multicolores, évoquant la forme d’arches gothiques semblables à des vitraux d’église. Chaque rideau présente une composition géométrique lumineuse où les couleurs rappellent la fragmentation et la lumière des vitraux religieux. Le tissu scintillant transforme ce motif sacré en une surface mouvante et théâtrale, proche du décor de scène ou du rideau de cabaret.
Sur les trois fenêtres qui donnent sur la rue du centre d’art, Il rejoue ainsi la forme du vitrail à travers ces tissus à sequins cousus en patchwork. Il conserve la fragmentation, le réseau de lignes et la composition colorée, tout en inversant sa fonction : ici, la lumière ne traverse plus, elle rebondit. Opaque et scintillant, le textile réfléchit vers le·la spectateur·ice une clarté profane. Là où le vitrail ouvrait vers la transcendance, son faux vitrail ferme la fenêtre : le rideau se fait peau, surface, membrane.

Entre spiritualité et spectacle, l’œuvre joue sur le contraste entre l’imaginaire religieux et l’esthétique festive du sequin. Les trois panneaux, disposés comme des présences autonomes, suggèrent des portes, des silhouettes architecturales. La lumière s’y reflète continuellement, produisant une image instable où le sacré et le populaire se mêlent. L’installation invite ainsi à traverser symboliquement ces seuils entre rituel, fête et apparition.
Les sequins, issus du monde du spectacle et du costume, déplacent la monumentalité du verre vers la souplesse du tissu. La brillance devient résistance : elle brouille la vision, refuse l’identification et, par son rebond, échappe au contrôle du regard. Le vitrail devient autel textile : un espace de mémoire, de marginalité et de gestes persistants, comme on le retrouve dans la pratique du patchwork au sein de différentes communautés à travers le monde : Amish, peuples autochtones ou encore le NAMES Project pour le sida.


Romuald Jandolo, né en 1988 à Lille, vit et travaille entre la Normandie et Paris. Diplômé de l’École supérieure d’art et de médias de Caen en 2011. Pensionnaire de l’Académie de France à Madrid (Casa de Velázquez) en 2015-2016 où il développe un projet sur le multiculturalisme andalou et les représentations du corps lors de la Semaine sainte. Il a participé à de nombreuses résidences internationales : Plug In ICA à Winnipeg (Canada, 2015), MA Studio à Istanbul (Turquie, 2017), Triangle-Astérides à Marseille (2017) ou encore la Synagogue de Delme (2018).
Ses travaux ont été présentés dans différentes institutions comme le Palais-Royal à Paris, le Centre Pompidou-Metz, et plus récemment il a bénéficié d’une exposition personnelle Pardon pour la lumière au Confort Moderne à Poitiers (2025). L’artiste a participé à des expositions collectives notamment au FRAC Normandie, Caen (2022), à la Filature de Mulhouse (2021), Fondation Schneider, Watwiller (2024) et plus récemment au Musée national de l’histoire de l’immigration, Paris (2026).
Ses pratiques multiples (performance, céramique, installation, dessin et vidéo) s’inscrivent dans une esthétique baroque et théâtralisée, où burlesque et ambivalence dialoguent. Son œuvre figure ainsi dans de prestigieuses collections publiques, telles que le Fonds municipal d’art contemporain-Paris Collections et Les Abattoirs, Musée-FRAC Occitanie de Toulouse, avec des acquisitions récentes en 2024.

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Un monde dans un monde dans un monde - 2023-2026
En 2023, en Belgique, Jason s’empare de la toison - 2023
Les Parques, aujourd’hui on brûle la laine, il faut la valoriser - 2024
Pénélope, du silence des brebis naît l’écho d’une filière - 2025
Sans titre Patxi Endara - 2026

Le premier volet, achevé en 2023, traite du récit de Jason et la Toison d’Or, suivant une gravure illustrant un ouvrage du pédagogue Pierre Blanchard (Mythologies de la Jeunesse), dont la première livraison remonte à 1801. C’est de la même origine que provient le modèle de la tapisserie exécutée à Liège. Comme à leur habitude, les Parques au visage sévère s’y occupent de la destinée des humain·es — Clotho fabrique le fil de la vie, Lachésis le déroule, Atropos le coupe. La troisième pièce, toujours inspirée du livre de Blanchard, a été finalisée à Bruxelles l’été dernier : Pénélope, fidèle épouse d’Ulysse parti guerroyer à Troie, tisse (ou feint de tisser puisqu’elle défait de nuit l’avancée du jour) un voile, en opposant à ses prétendants qu’elle ne pourra contracter un nouveau mariage avant d’avoir achevé l’ouvrage dévolu à draper le corps de son beau-père lorsque ce dernier viendrait à rendre l’âme.
La migration de l’image d’une estampe sur papier à un dessin en matière textile est féconde. D’abord, il y a le changement d’échelle : le format de Mythologies de la Jeunesse est un in-octavo (18 x 11 cm), quand les interprétations en feutre de ses illustrations sont monumentales (3 x 2 m). La maîtrise technique permet par ailleurs de rendre la composition jusque dans le détail — non sans que le processus réserve ses surprises, perceptibles dans la déformation du glaive de Jason, du visage d’Atropos ou des mains de Pénélope. L’exégèse du mythe importe autant que ce que l’usage du fil implique. Les commentaires en grandes lettres jaunes au dos des tapisseries sont, à cet égard, explicites. Au verso de la tapisserie intitulée Jason s’empare de la Toison d’Or, on peut lire : « En 2023, en Belgique, le prix de vente de la laine ne couvre plus le coût de la tonte ». « Aujourd’hui on brûle la laine, il faut la valoriser » occupe le revers des Parques. Sarah Illouz précise : « La première pièce fait le constat d’une situation déplorable que nous ressentons comme un effet néfaste du capitalisme. La deuxième énonce les choses : on brûle la laine des moutons même si elle ne constitue pas un bon combustible parce que, en tant que déchet de catégorie 3, c’est la façon la plus économique de se débarrasser des énormes excédents. La troisième tapisserie apporte une note positive : “Du silence des brebis naît l’écho d’une filière”. » […]


Né·e·s respectivement en 1997 et 1994 en France, Sarah Illouz & Marius Escande vivent et travaillent à Bruxelles.
Iels explorent la sculpture, l’installation, l’art textile et les arts numériques.
Iels conçoivent des dispositifs, des façons de vivre, de se connecter et de penser ensemble, des façons d’habiter et des façons d’apprendre avec les autres et de manière locale. Leur travail s’articule autour de questions écologiques et socio-économiques, afin d’intégrer une conscience critique dans les processus de création.
Iels mettent en pratique une circularité et un réemploi exhaustif des matériaux où chaque chute est utilisée, trouve une nouvelle fonction et se dote d’un surplus d’existence. Leur leitmotiv : good things take time, induit la nécessité de prendre le temps d’assurer la qualité de leur création dans les lieux investis. Les transpositions plastiques leur permettent aussi d’explorer le récit historique dominant et la formulation de mythes communément admis, dans un va-et-vient entre différentes versions et réactualisations contemporaines.
Iels travaillent en duo depuis 2021, suite à leur rencontre lors d’une résidence aux Maisons Daura à Saint-Cirq-Lapopie (Lot, France) en 2021. Sarah est diplômée de l’École Duperré, Paris, en Design Textile (2018) et de la Villa Arson, Nice (2022). Marius est diplômé de l’ERG, à Bruxelles, en installation/performance (2022).

Site de l'artiste Sarah Hillouz
Site de l'artiste Marius Escandre

Garden’s wall - 2025-2026

Il s’agit d’un environnement sculptural qui invite le public à franchir un mur de béton pour pénétrer dans un jardin sauvage. Ce jardin, abandonné par les humains, où seules subsistent les ruines et les traces d’une histoire passée, voit les formes des corps s’imprimer sur la surface du béton, tels des fossiles d’une présence disparue. Dans ce jardin, le lys blanc, les plantes sauvages et les animaux reprennent leurs droits ; ils habitent cet espace qui devient leur refuge. À l’abri de l’agitation de la ville et de la pression des humains, le jardin nous invite à nous fondre dans la nature environnante.
En trouvant une fissure, une trouée dans le mur ou en sautant par-dessus, nous pouvons pénétrer dans un havre propice à notre épanouissement, en faisant l’expérience des éléments naturels tels que les pierres, la terre et les plantes.
Le jardin, enveloppé par des murs de béton, est un espace clos qui nous détache du monde extérieur, mais qui, de manière inattendue, nous offre une grande liberté. Il devient un asile, un lieu où retrouver l’équilibre, où vivre au rythme des cycles de la terre, où mener une vie en réciprocité avec toutes les entités. Le jardin, considéré comme un espace sûr pour les expériences, s’inspire également du jardin parisien de Nathalie Barney où les femmes se réunissaient, des pratiques écosexuelles d’Annie Sprinkle et de la poésie érotique et naturaliste de Halina Poświatowska.

Coupe transversale d’un cœur - 2025-2026

Cette sculpture s’inscrit dans une série d’œuvres explorant la métamorphose de l’organique vers le minéral, les liens entre le corps humain et son environnement, là où la géologie et l’anatomie se confondent. La pierre s’ouvre, dévoile son corps, devient un cœur coupé en deux, à la manière d’un modèle anatomique. La roche naturelle est parcourue de veines et montre ses artères. Elle invite le public à toucher son intérieur, à explorer ses surfaces rugueuses et lisses. Le « cœur de pierre » souligne le lien brisé entre l’homme et son environnement naturel, qui a été exploité de manière destructrice. La sculpture est suspendue à d’épaisses chaînes initialement utilisées pour traîner les troncs d’arbres après un abattage, mais évoquent également l’image d’un morceau de viande accroché chez le boucher.
Aussi, l’œuvre est un immense ex-voto, semblable à ceux que l’on trouve dans les temples, offerts par les croyants pour être soignés ou pour remercier leur guérison. Coupe transversale d’un cœur s’inspire du phénomène apparemment réel de la « synesthésie du miroir-toucher », où certains peuvent ressentir les mêmes expériences sensorielles que d’autres, ce qui pourrait ici être vu comme une métaphore de l’empathie envers la terre. Cette œuvre est conçue comme un signe central autour duquel se réunir et qu’il s’agit d’expérimenter par le toucher.


Née à Lublin en Pologne, diplômée de l’Académie des Beaux-Arts de Varsovie en 2016 et diplômée de École Nationale Supérieure de Beaux-Arts de Paris, atelier Tatiana Trouvé, en 2026. Vit et travaille à Paris et dans son jardin à Lublin.
Sa pratique, qui était initialement axée sur la photographie et la vidéo documentaire et expérimentale, a évolué vers des sculptures et des installations qui abolissent la frontière entre l’œuvre et le corps et invitent le public à participer.
Wiktoria est lauréate du Prix Talents Contemporains de la Fondation François Schneider, du Prix Madame Figaro/Kering, du Prix Découverte des Rencontres Internationales d’Arles. Son travail a été exposé dans plusieurs institutions et musées tels que La Filature à Mulhouse, le Sursock Museum à Beyrouth, le Mucem à Marseille et le Pudong Art Museum à Shanghai, Cricoteka - Tadeusz Kantor Museum à Cracovie. Ses vidéos ont été présentées au Musée du Louvre et à la Maison de la Culture de Berlin (HKW). Elle a participé au projet Trouble in Paradise by PROLOG +1 pour le Pavillon Polonais de la Biennale d’architecture de Venise 2021.
Ses œuvres font partie de collections publiques telles que le Musée national de Grenoble (donation Fondation Antoine de Galbert), la Fondation des Treilles, les Rencontres d’Arles, la collection CloudSeven de Frédéric de Goldschmidt.

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Atlasse - 2026
Nouvelle création

Atlasse est une installation sculpturale et expérimentale à la croisée de la sculpture, de la robotique molle et de l’exploration sensorielle. Elle prend la forme d’un paysage-corps en mutation, un espace organique où circulent des fluides, où palpitent des structures hybrides, à la fois mécaniques et sensibles.
Ce projet s’est développé entre 2024 et 2025 en collaboration avec un laboratoire de robotique spécialisé dans les technologies déformables. Un premier prototype d’organe robotique y a été conçu, ouvrant une recherche autour de formes capables d’articuler technologie, matière et corporalité. Aujourd’hui, Atlasse cherche à donner à cet organe un corps élargi : une sculpture immersive, proche d’un paysage utérin, où se mêlent chair, mémoire et machine.
Les formes qui composent l’installation — réalisées en silicone et en matières souples — fonctionnent comme des « organes-fictions » en constante transformation. Animées par l’air, les fluides ou la chaleur, elles génèrent des mouvements lents, des pulsations et des respirations, créant un environnement troublant et sensible dans lequel le·la spectateur·ice est invité·e à circuler.
Inspiré par la figure mythologique d’Anahita, déesse perse de l’eau et de la fertilité, Atlasse convoque une pensée féminine où création, destruction et transformation coexistent. Le projet interroge les représentations du corps féminin, les tensions entre le vivant et l’artificiel, entre le sacré et le technologique.
À la fois espace immersif et corps fragmenté, Atlasse propose une expérience sensorielle et politique : un territoire où l’organique et le mécanique fusionnent, où les frontières entre genres, matières et états du vivant se dissolvent. Une tentative de faire émerger des formes de vie en devenir, entre vulnérabilité et puissance.


Yosra Mojtahedi est une artiste née à Téhéran en 1986, vivant et travaillant en France. Diplômée du Fresnoy – Studio national des arts contemporains, elle développe une pratique à la croisée de l’art, de la science et des technologies émergentes, notamment la soft robotics.
Son travail se déploie à travers des installations sculpturales, interactives et sensorielles qui explorent les frontières entre le vivant et le non-vivant. Elle conçoit des formes hybrides — « corps-machines » ou « corps-fontaines » — qui respirent, palpitent et réagissent à la présence humaine, interrogeant les relations entre matière, technologie et perception.
Issue d’un pays où le corps, et particulièrement le corps féminin, demeure un sujet tabou, elle développe une œuvre profondément incarnée, à la fois politique et poétique.
En conjuguant sciences du vivant, robotique douce et imaginaire mythologique, elle compose un univers post-humain dans lequel corps, genres et identités se redéfinissent. Sa recherche traverse l’érotisme, la spiritualité et une forme de militantisme poétique, incarnée dans des dispositifs sensibles, troublants et immersifs.
Lauréate du Prix Révélation Art numérique – Art vidéo de l’ADAGP en 2020 et du Prix Talents Contemporains de la Fondation François Schneider en 2024, elle est également finaliste du Prix Carré sur Seine 2025. Elle expose régulièrement en France et à l’international et est actuellement en résidence à la Fondation Fiminco jusqu’à l’été 2026.

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Avec : Amir Youssef - Anaïs Schram - Anaïd Ferté - Anna Safiatou Touré - Aurélie Mazaudier - Azzedine Saleck - Barbara Massart - Caroline Pierret Pierson - Charbel Samuel Aoun - Christian Vansteenput - Collectif La « S » - Daniel Nicolaevsky - Florent Talbot - Floryan Varennes - Ghassen Chraïfa - Hanane El Farissi - Haythem Zakaria - Irène Gérard - Jean Leclercq - Jean-Michel Bansart - Jérémy Fransolet - Jonathan Maréchal - Juliette le Monnier - Lara Tabet - Laura Delvaux - Laurie Gatsono - Marcel Schmitz - Marco Godinho - Maria Saygua André - Marie Bodson - Mathice Lejeune - Mer Albarzawi - Nidhal Chamekh - Pascal Leyder - Priska Nols - Robin Cool - Romuald Jandolo - Sarah Albert - Sarah Illouz & Marius Escande - Wiktoria - Yosra Mojtahedi

Amir Youssef_Fonte

Anna Safiatou Touré_Gamanké Museum, Bruxelles

Azzedine Saleck_On the fence1

Daniel Nicolaevsky_Le chant du bitume

Floryan Varennes_Exuvie

Ghassen Chraifa_Cette mer est a moi

Haythem Zakaria_the stone opera

Lara Tabet_Enter corridor

Laurie Gatsono_Traces de murs qui se tissent

Marco Godinho_Disappear disappear again

Nidhal Chamekh_Frictions I

Romuald Jandolo_Derrière les feux de la rampe

Sarah Illouz & Marius Escande_

Wiktoria_Gardens wall

Yosra Motjahedi_Prototype

Giuseppe Arnone_Future is queer

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